Les premiers travaux du projet d’hôtel de luxe lié aux Trump ont causé des dégâts déjà « irréparables » sur la côte albanaise; des ONG et scientifiques qualifient de « vrai massacre de la biodiversité ».
En quelques jours de travaux préparatoires sur la zone envisagée pour un vaste complexe hôtelier lié à la famille Trump, des dégâts irréparables ont été causés sur la côte albanaise, mettant en péril paysages et faune.
« Les bulldozers sur les plages ont déjà endommagé les sites de nidification des tortues caouannes, qui sont menacées d’extinction », déplore auprès de l’AFP le biologiste marin Olsi Nika. Cet homme, à la tête de l’ONG EcoAlbania, est abasourdi par les dégâts causés sur les bords de la lagune de Narta entre le 5 et le 30 mai.
Sur des images satellites obtenues par l’AFP, on peut voir qu’à cette période, une route a été dégagée, une zone entière a été déboisée et un pont a été bâti pour enjamber le bras d’eau qui relie la lagune à la mer.
Les dunes de Narta ont été détruites par le tracé des routes d’accès, des arbres ont été coupés, du béton a été coulé sur les zones côtières proches, menaçant de nombreuses espèces d’oiseaux.
« Un vrai massacre de la biodiversité » sur plusieurs centaines d’hectares, affirme M. Nika, car selon lui les « interventions dans un canal essentiel entre la lagune et la mer ont fortement perturbé les échanges d’eau indispensables pour l’équilibre des zones humides ».
Pour le professeur à l’Université de Tirana Ferdinand Bego, même si la mobilisation des manifestants qui se relaient chaque soir à Tirana contre le projet d’hôtel de luxe a permis de suspendre le terrassement, les « dégâts causés même bien avant la construction, en termes de patrimoine, sont en grande partie irréparables ».
Il est urgent de limiter les pertes pour ce delta « à la valeur de conservation exceptionnelle » en Méditerranée, abonde le professeur Friedrich Schiemer, de l’université de Vienne, qui s’est rendu sur place en juin.
Les projets de développement touristique à grande échelle pourraient « compromettre irrémédiablement son intégrité naturelle », craint-il.
Des associations mettaient en garde depuis longtemps contre le projet, d’abord évoqué en 2024 par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, de construire des hôtels de luxe au milieu des colonies de flamants roses, sur une île désertée. Un projet politiquement sensible, à plus de 4 milliards et demi d’euros.
Mais c’est il y a quelque six semaines, quand les barbelés sont apparus pour délimiter le complexe, que la colère a explosé. Une manifestation, réprimée par des gardes de sécurité privés, a mis le feu aux poudres.