Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), chargé de coordonner la politique étrangère de l’Union européenne, fait face à une remise en question sans précédent. D’après un article publié le 29 juin par le journal américain Politico, plusieurs responsables européens envisagent désormais la suppression de cette institution dirigée par Kaja Kallas, dans le cadre d’une réforme plus large du fonctionnement de l’UE.
Mis en place en 2011 afin de donner à l’Union européenne une voix unique sur la scène internationale, le SEAE peine aujourd’hui à remplir cette mission. Selon Politico, dix responsables et diplomates européens, anciens ou en poste, décrivent une institution « privée de mission claire » et incapable de rivaliser avec l’influence politique et les ressources financières de la Commission européenne.
Les critiques proviennent également de l’Intérieur des institutions européennes. Un responsable cité par Politico affirme qu’au sein de la Commission européenne et du Conseil de l’Union européenne, certains estiment que le service devrait être dissous.
Cette remise en cause s’explique notamment par le partage flou des compétences à Bruxelles. Alors que le SEAE est principalement chargé de coordonner les positions diplomatiques des États membres, la Commission européenne dispose des budgets, des instruments économiques et des leviers politiques qui lui permettent d’exercer une influence déterminante sur les affaires extérieures.
Toujours selon Politico, un nombre croissant de dossiers internationaux passent ainsi progressivement sous l’influence de la Commission, notamment dans les domaines du commerce, de l’industrie, des technologies, des migrations et de la défense. Cette évolution réduit peu à peu le rôle du service diplomatique européen et consolide l’influence de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Les relations entre Ursula von der Leyen et Kaja Kallas alimentent également les tensions. Plusieurs responsables européens évoquent une rivalité entre les deux dirigeantes. Politico rapporte que Kaja Kallas aurait critiqué en privé le mode de gouvernance de la présidente de la Commission. Le journal américain souligne toutefois que les difficultés dépassent les divergences personnelles et trouvent surtout leur origine dans le déséquilibre institutionnel entre les deux structures.
Les actions israéliennes compromettent la paix, estime Kallas
Autre point qui fait défaut dans leurs rapports réside dans leurs approches divergentes vis-à-vis d’Israël. Des sources européennes indiquent que Kaja Kallas défend une ligne plus critique envers Israël que celle d’Ursula von der Leyen. D’après ces sources, Mme Kallas cherche à convaincre les dirigeants européens d’adopter des mesures plus fermes contre le régime israélien.
Selon la chaîne 12 de la télévision israélienne, Kaja Kallas a récemment cherché à obtenir un consensus européen en faveur de sanctions contre Israël. Des informations ont également affirmé qu’elle avait, lors de discussions privées, comparé Israël au régime d’apartheid sud-africain.
À cet égard, ses récentes déclarations, faites ce lundi 29 juin, en sont une illustration. Elle a notamment indiqué que les actions d’Israël et l’expansion des colonies rendaient plus difficile le règlement de la situation dans les territoires occupés.
De plus, le SEAE est confronté à des fragilités internes. Plusieurs hauts responsables ont quitté l’institution pour rejoindre la Commission européenne, qui concentre désormais une part croissante des dossiers liés aux relations extérieures. Le service pourrait également subir de nouvelles réductions budgétaires lors des prochaines négociations financières de l’Union européenne, ce qui risquerait d’affaiblir davantage son rôle.
Face à cette situation, Kaja Kallas a engagé une réorganisation de la direction du SEAE. Selon Politico, elle prévoit de présenter, après l’été, un nouveau train de réformes internes afin d’éviter une marginalisation plus forte du service dans la conduite de la politique étrangère européenne.
Malgré ces initiatives, plusieurs responsables interrogés par Politico estiment que ces réformes ne suffiront pas. Selon eux, la difficulté est plus profonde : si l’Union européenne affiche l’ambition de mener une diplomatie commune, ses différentes institutions continuent de se disputer le contrôle des principaux dossiers internationaux.