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Un front uni : pourquoi l’Iran rejette-t-il tout accord de fin de la guerre qui exclurait le Liban ?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Par le service d’analyse stratégique de Press TV

Les récentes négociations à Islamabad étaient censées constituer un tournant décisif et une ouverture diplomatique pour mettre fin à l’agression israélo-américaine et au chaos qui en résulte dans la région de l’Asie de l’Ouest.

L’Iran s’est mis à la table avec une condition préalable transparente et non négociable : tout cessez-le-feu devrait inclure tous les fronts, sans exception, y compris le Liban. Il ne faudra donc pas une trêve partielle, ni une pause symbolique, mais un arrêt complet, vérifiable et applicable des attaques non provoquées du régime sioniste à travers le Liban.

La machine de guerre israélo-américaine a rejeté ce cadre et a opté pour une stratégie de tromperie, proposant un cessez-le-feu limité à Beyrouth tout en continuant de bombarder le sud du Liban.

Dimanche 7 juin, cette tactique trompeuse a échoué, car la guerre s’est étendue à Beyrouth. Des avions de combat israéliens ont bombardé des quartiers de Dahiyeh, malgré les avertissements clairs et catégoriques de la République islamique d’Iran contre une telle escalade insensée.

Pour Téhéran, toute tentative de dissocier le front d’Iran de celui du Liban, de Gaza, d’Irak, du Yémen ou de l’Axe de la Résistance au sens large du terme revient à démanteler l’ensemble de l’architecture de dissuasion régionale, patiemment construite pendant des décennies contre les puissances hostiles.

Cela explique pourquoi les responsables iraniens ont averti à maintes reprises qu’un cessez-le-feu ne pourrait être appliqué de manière sélective, autorisant la guerre sur un front tout en exigeant la trêve sur un autre.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré explicitement qu’un cessez-le-feu sur un front ne peut exister alors que la guerre se poursuit sur un autre front. Araghchi a prévenu que la violation du cessez-le-feu au Liban annulerait de facto le cessez-le-feu dans son ensemble.

Anatomie d’un faux cessez-le-feu

Sur le papier, le cessez-le-feu négocié par le Pakistan entre Téhéran et Washington reste en vigueur. Le président Donald Trump l’a même prolongé unilatéralement – ​​non pas une, mais deux fois.

Sur le terrain, cependant, la réalité est tout autre. Les offensives aériennes et terrestres d’Israël contre le sud du Liban – et sur Beyrouth aussi – ​​se poursuivent sans relâche.

De vastes portions du territoire libanais sont tombées sous occupation, car l’armée sioniste a progressé plus profondément dans le sud du Liban. De hauts commandants du Hezbollah ont été assassinés lors de frappes à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth – ce qui constitue une autre violation flagrante du cessez-le-feu.

Ce que les États-Unis et Israël qualifient de « cessez-le-feu » n’est en réalité qu’un écran de fumée dissimulant une agression militaire continue. Il sert de prétexte à l’occupation pour consolider son emprise, éliminer les chefs de la résistance et modifier le champ de bataille, tout en feignant de respecter un cessez-le-feu. L’Iran a parfaitement conscience de cette supercherie et a posé un ultimatum.

Les objectifs cachés de l’ennemi

Pourquoi le régime sioniste, bénéficiant du soutien inconditionnel des États-Unis, persiste-t-il dans ses attaques non provoquées contre le Liban, même sous couvert du cessez-le-feu ? La réponse réside dans une stratégie à plusieurs niveaux visant à atteindre plusieurs objectifs interdépendants et se renforçant mutuellement.

Le premier est l’établissement de nouvelles règles d’engagement. Le régime sioniste cherche à normaliser la fiction dangereuse et scandaleuse selon laquelle le front iranien serait totalement distinct du front libanais – que tout accord conclu avec l’Iran serait sans conséquence pour le front libanais.

Cela contredit frontalement la position fondamentale de l’Iran : l’unité indéfectible du front de la résistance, de l’Iran au Liban, au Yémen et ailleurs. En tentant de semer la discorde entre Téhéran et Beyrouth, l’ennemi espère démanteler progressivement l’Axe de la Résistance.

Le second objectif est la consolidation de l’occupation du territoire libanais. Chaque pouce de territoire conquis dans le sud du Liban devient un moyen de pression pour maintenir l’occupation. Le régime sioniste entend instrumentaliser ces territoires occupés pour faire pression sur le gouvernement et le peuple libanais, notamment la communauté chiite, afin de les contraindre à capituler face aux exigences israéliennes, dont la principale est le désarmement du Hezbollah. Il ne s’agit pas de sécurité, mais d’une soumission pure et simple.

Troisièmement, le régime sioniste instrumentalise le Liban comme moyen de pression sur l’Iran. Lors de futures négociations entre Téhéran et Washington, il entend préserver ce qu’il revendique comme son droit d’attaquer le Liban à sa guise : le droit d’assassiner des citoyens libanais, de mener des incursions terrestres et d’occuper le territoire libanais en se fondant uniquement sur son propre jugement, aussi dangereux soit-il.

Quatrièmement, le régime israélien cherche à déplacer durablement la ligne de front loin du nord de la Palestine occupée. Il rêve de revenir à l’époque où la Résistance n’avait pas encore repoussé la ligne de tir en territoire occupé.

Mais cette fois, une différence cruciale se pose : outre l’occupation des terres libanaises, les habitants de ces zones doivent également être évacués. L’objectif est d’éliminer le tissu social même qui abrite et soutient la Résistance – un nettoyage ethnique, en somme.

Cinquièmement, le régime sioniste cherche à fabriquer des succès politiques pour Netanyahu. Alors que des élections se profilent en Palestine occupée, le Premier ministre du régime israélien a désespérément besoin d’une « victoire » illusoire pour sauver son pouvoir politique en berne. La poursuite de l’agression contre le Liban, même sous un faux cessez-le-feu, constitue un outil commode pour sa survie politique intérieure.

Position de principe de l’Iran : l’unité du Front de la Résistance

En réponse à la stratégie de division et de conquête de l’ennemi, l’Iran a toujours insisté sur l’unité de l’Axe de la Résistance comme condition irréductible et non négociable à la fin définitive de la guerre imposée et à l’ouverture de toute négociation future.

L’ennemi s’est déployé sur le champ de bataille, sur le plan logistique et politique, formant un front uni composé des États-Unis, du régime sioniste et de certains gouvernements arabes accueillant des bases militaires américaines.

Il s’agit d’une machine de guerre coordonnée, opérant sur plusieurs fronts et fonctionnant de concert. Face à un adversaire aussi uni, la Résistance ne peut se permettre la fragmentation.

L’Iran a donc pleinement le droit – et même le devoir – d’insister sur l’unité de l’Axe de la Résistance. L’alternative serait que l’ennemi attaque individuellement les composantes de la Résistance, croyant que les autres fronts ne réagiront pas. L’Iran refuse, à juste titre, de laisser prévaloir cette logique prédatrice.

Impératif moral de la défense collective

Au-delà des calculs stratégiques, l’unité de l’Axe de la Résistance reflète un engagement moral bien plus profond. Les composantes de la Résistance partagent le devoir indissoluble de se soutenir mutuellement en temps de guerre comme en temps de paix. Il ne s’agit pas d’un simple arrangement, mais d’un lien sacré et indéfectible forgé dans le sang et le sacrifice collectif.

L’Iran, en tant que composante principale et la plus puissante de ce front, porte une responsabilité particulière et considérable. Si Téhéran venait à renoncer à ce principe moral – s’il acceptait une paix séparée tandis que le Liban sombrait dans le chaos sous l’occupation – les conséquences seraient tout simplement catastrophiques.

Premièrement, les fondements mêmes du Front de la Résistance s’effondreraient. La confiance, une fois brisée, est difficilement rétablie. Les alliés qui ont combattu et versé leur sang aux côtés de l’Iran seraient légitimement en droit de se demander si Téhéran est digne de confiance dans leurs propres moments de plus grande détresse.

Deuxièmement, un précédent fallacieux et profondément dommageable s’installerait. L’incapacité de l’Iran à soutenir ses alliés pourrait laisser croire que Téhéran, à l’instar des États-Unis, manque de puissance ou de volonté pour se tenir aux côtés de ses partenaires en temps de guerre – que l’Iran instrumentalise ses alliés en cas d’urgence et les abandonne lorsque le coût devient trop élevé.

Que signifie réellement « mettre fin à la guerre » ?

Il est essentiel de clarifier ce que l’Iran entend précisément par « mettre fin à la guerre sur tous les fronts ». Cette condition n’implique pas que l’Iran s’arroge un rôle de parrain sur les autres composantes de la Résistance. La Résistance libanaise, par exemple, conserve pleinement et incontestablement le droit d’agir contre l’agression et l’occupation. Ce droit est parfaitement compatible avec la fin de la guerre.

Mettre fin à la guerre signifie stopper net les attaques du régime sioniste. Cela signifie rétablir la situation qui prévalait avant les quarante jours de guerre d’agression. Cela signifie la libération des prisonniers libanais détenus par le régime. Tout autre résultat ne signifie pas la fin de la guerre, mais un répit temporaire permettant à l’ennemi de se regrouper, de se réarmer et de reprendre les hostilités.

Avant le récent conflit, un cessez-le-feu de quinze mois avait été décrété au Liban. Durant toute cette période, le régime sioniste a violé la trêve à maintes reprises, frappant diverses régions et causant la mort de centaines de citoyens libanais. Le souvenir du passé est douloureux.

L’Iran ne permettra pas que de telles conditions se reproduisent. Tout accord entre l’Iran et les États-Unis concernant la fin de la guerre doit être évalué à l’aune de cette condition claire et non négociable : la cessation complète des attaques sionistes, le retrait total des troupes de tout le territoire libanais occupé et la libération des prisonniers.

Au-delà de la diplomatie : les autres options de l’Iran

L’Iran comprend parfaitement que les appareils de guerre américains et sionistes pourraient continuer indéfiniment à tergiverser, à tromper et à traîner des pieds. C’est pourquoi Téhéran a clairement indiqué qu’au-delà de ses conditions diplomatiques, il dispose d’autres options efficaces qu’il peut déployer si l’occupation et les attaques contre le Sud-Liban persistent.

Parmi ces options figure sa capacité avérée à discipliner le régime sioniste déchaîné – à lui imposer un coût prohibitif qui rende toute agression stratégiquement intenable. L’Iran ne bluffe pas. Le régime sait, par une expérience récente et douloureuse, que la riposte iranienne est précise, dévastatrice et méticuleusement calculée.

En fin de compte, l’insistance de l’Iran à mettre fin à la guerre sur tous les fronts ne concerne pas uniquement le Liban. Elle concerne fondamentalement l’Iran, car les deux sont inextricablement liés.

Un Front de résistance fort, intact et uni constitue un bouclier défensif pour tous ses membres, y compris la République islamique d’Iran. En veillant à ce que le Liban ne soit pas contraint à la capitulation ou au désarmement, en empêchant l’ennemi d’instaurer des règles d’engagement favorisant la fragmentation, et en préservant la cohérence morale et stratégique de l’Axe de la Résistance, l’Iran s’emploie activement à éloigner l’ombre de la guerre de ses frontières.

Ceci est directement lié à la sécurité à long terme, au développement durable et à la prospérité nationale de l’Iran. Un pays qui ne peut garantir sa propre sécurité ne peut se développer. Une nation constamment menacée par une agression étrangère ne peut prospérer.

Le message de Téhéran est sans équivoque : il n’y aura pas de paix séparée. Aucun accord ne sacrifiera le Liban pour sauver un autre front. Aucun cessez-le-feu factice permettant au régime sioniste de poursuivre son occupation, ses assassinats et son annexion progressive du territoire libanais ne sera accepté.

La condition posée par l’Iran pour la fin de la guerre est la fin des combats sur tous les fronts, sinon la guerre continue.

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SOURCE: FRENCH PRESS TV