Persona non grata. La France a interdit l’accès à son territoire au ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir, après la diffusion d’une vidéo de militants de la « Flottille pour Gaza » agenouillés et mains liées, qui a provoqué un tollé international, a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot ce samedi 23 mai.
Plusieurs d’entre eux ont dénoncé des « violences », « attouchements » ou encore « humiliations » imposés par les forces israéliennes lors de leur détention. « À compter de ce jour, Itamar Ben-Gvir est interdit d’accès au territoire français », a annoncé Jean-Noël Barrot sur X, dénonçant des « agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la Flottille Global Sumud ».
« Nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés », a ajouté Jean-Noël Barrot.
Ces agissements « font suite à une longue liste de déclarations et d’actions choquantes, d’incitations à la haine et à la violence à l’encontre des Palestiniens », a poursuivi le ministre. « Comme mon collègue italien, je demande à l’Union européenne de prendre également des sanctions à l’égard d’Itamar Ben-Gvir », a-t-il ajouté.
Itamar Ben-Gvir a posté mercredi une vidéo de militants de la « Flottille pour Gaza » agenouillés tête au sol et les mains liées, après leur interception en mer et leur placement en détention dans le sud de la Palestine occupée après l’invasion de la flottille humanitaire par la marine israélienne.
Ces images ont suscité l’indignation en Europe et dans le monde entier.
Jeudi, le Royaume-Uni a convoqué le chef de la diplomatie israélienne à Londres, déclarant « condamner fermement » le comportement de Ben-Gvir. Londres a exigé des explications concernant le traitement et les conditions de détention des militants.
La Pologne a elle aussi imposé une interdiction d’entrée de cinq ans sur son territoire à Ben-Gvir et convoqué le chargé d’affaires israélien à Varsovie, des citoyens polonais figurant parmi les personnes interpellées lors du raid.
« Dans un monde démocratique, on ne maltraite pas les personnes détenues et on ne se réjouit pas de leur sort », a déclaré le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, tout en demandant des comptes à son homologue israélien.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a lui aussi appelé l’Union européenne à envisager des sanctions contre Ben-Gvir pour « harcèlement et humiliation » de militants, en violation des droits humains fondamentaux.
La flottille, transportant des centaines de militants originaires de dizaines de pays, avait quitté la Turquie pour tenter d’acheminer de l’aide humanitaire à Gaza.
Des organisations de défense des droits humains représentant les détenus ont annoncé que plusieurs militants avaient été blessés lors de leur arrestation, certains nécessitant une hospitalisation après avoir été battus par les forces israéliennes.
Cet incident a intensifié les critiques à l’échelle internationale à l’encontre du blocus israélien de Gaza et des attaques répétées contre les missions humanitaires qui essaient d’atteindre l’enclave côtière assiégée.
Israël a lancé une guerre génocidaire contre Gaza en octobre 2023, faisant au moins 72 783 morts et 172 779 blessés. Plus de deux millions de Palestiniens ont également été déplacés à travers la bande de Gaza assiégée.
Parallèlement, le blocus imposé par le régime à l’enclave palestinienne a provoqué de graves pénuries de nourriture, d’eau potable, de médicaments et de carburant.
La bande de Gaza, qui compte 2,3 millions d’habitants, est soumise à un blocus aérien, terrestre et maritime israélien depuis 2007.
Des militants originaires de plus de 46 pays sont actuellement détenus par Israël. Les organisateurs de la flottille affirment qu’ils ont été amenés de force en Palestine occupée, où ils ont subi des interrogatoires, des menaces de mort, des privations de sommeil et des négligences médicales.