La porte-parole du Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme, Ravina Shamdasani, a exprimé ses vives inquiétudes concernant l’expansion du contrôle exercé par les autorités israéliennes en Cisjordanie occupée.
Shamdasani a déclaré lors d’une récente conférence de presse que ces mouvements visaient directement à faciliter le déplacement forcé des Palestiniens de leurs terres en créant un environnement hostile aux habitants.
Selon Palinfo, elle a précisé que la décision d’Israël d’étendre ses activités de surveillance et de contrôle dans des zones administrativement sous l’Autorité palestinienne soulève de sérieuses questions juridiques et en matière de droits de l’homme. Ces mesures imposent des pressions croissantes sur les citoyens palestiniens, les poussant à un déplacement forcé indirect, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des ordres d’expulsion officiels.
Shamdasani a mis en garde contre le fait que ces mesures israéliennes accélèrent un processus conduisant à une annexion illégale des terres palestiniennes, ce qui constitue une violation flagrante du droit international. Elle a estimé que ces politiques visent à modifier le statut juridique et civil de la Cisjordanie occupée afin d’imposer une souveraineté israélienne permanente.
Le Conseil restreint israélien pour les affaires politiques et sécuritaires (« Cabinet ») a adopté le 8 février une série de décisions visant à modifier la réalité sur le terrain en Cisjordanie. Ces décisions donnent aux autorités d’occupation de larges pouvoirs de surveillance et d’application dans les zones classées « A » et « B », qui relevaient auparavant de l’Autorité palestinienne.
Les autorités israéliennes justifient ces nouvelles mesures par la lutte contre les constructions non autorisées, les questions d’eau et la protection des sites archéologiques et environnementaux. Cependant, ces prétextes ouvrent la voie à des démolitions et des confiscations massives de biens palestiniens dans les centres des villes et villages sous contrôle palestinien.
Ces développements sapent les restes des accords d’Oslo II signés en 1995, qui avaient divisé la Cisjordanie en trois zones administratives et sécuritaires. Alors que la zone « A » était sous contrôle palestinien complet, elle est désormais menacée par une intrusion administrative et sécuritaire israélienne directe qui met fin à sa spécificité juridique.
Shamdasani a souligné que la Cisjordanie vit dans un « environnement extrêmement pressurisant », aggravé depuis le 7 octobre 2023, en parallèle avec la guerre actuelle à Gaza. Elle a noté que les restrictions sur l’espace disponible pour que les Palestiniens vivent et travaillent existaient déjà, mais se sont intensifiées de manière dramatique ces derniers mois.
Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a documenté la mort d’au moins 1 052 Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Qods-Est, depuis le début de la récente escalade. Ces victimes ont été tuées par les forces de l’armée israélienne ou lors d’attaques de colons qualifiées d’illégales par l’ONU.
Les sources onusiennes ont identifié plusieurs formes d’atteintes systématiques aux droits de l’homme, incluant les passages à tabac et la détention arbitraire dans des conditions inhumaines. Elles ont également signalé une intensification des restrictions de liberté de mouvement, entravant l’accès des habitants à la nourriture, aux soins de santé et à l’éducation.
Shamdasani a insisté sur le fait que ces restrictions empêchent les agriculteurs palestiniens d’accéder à leurs terres et lieux de travail, détruisant la structure économique et sociale des communautés locales. Elle a qualifié ce blocus systématique de partie intégrante d’un plan plus large visant à établir un fait accompli d’annexion illégale sur le terrain.
Concernant la situation des droits de l’homme, la responsable internationale a rappelé que l’ONU observe depuis des décennies des violations systématiques des droits des Palestiniens. Le Bureau a documenté des formes continues de discrimination pouvant être qualifiées légalement d’« apartheid ».
Elle a appelé la communauté internationale à intervenir immédiatement pour stopper cette escalade et contraindre Israël à respecter ses responsabilités en tant que puissance occupante selon le droit international. Elle a souligné la nécessité d’accorder une attention accrue aux changements démographiques et juridiques rapides en Cisjordanie.
Selon les données officielles palestiniennes, le nombre de martyrs en Cisjordanie depuis octobre 2023 s’élève à environ 1 112, plus de 11 500 Palestiniens ont été blessés et plus de 21 000 détenus sont actuellement emprisonnés par les autorités israéliennes.
Shamdasani a conclu que l’intensification des attaques israéliennes, y compris les meurtres, les arrestations et l’expansion des colonies, prépare le terrain pour une annexion officielle de la Cisjordanie. Elle a averti que le silence international face à ces mesures consoliderait une réalité illégale difficile à inverser dans un avenir proche.