Dans une tribune collective récemment publiée dans Le Monde, des magistrats financiers réclament une réforme « urgente » destinée à garantir l’indépendance des juridictions financières.
Ils mettent en cause certaines nominations de proches d’Emmanuel Macron, au premier rang desquelles celle d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, qu’ils considèrent comme révélatrice d’une « faille institutionnelle ».
La nomination de l’actuelle ministre des Comptes publics, effective depuis le 11 février, concentre en effet les critiques. Pour les signataires de la tribune — parmi lesquels figurent des conseillers et procureurs honoraires —, cette décision met en lumière une « faille institutionnelle » propre à la Ve République. En l’absence de contrôle parlementaire formalisé et de critères d’expérience strictement définis, ils estiment que le chef de l’État peut orienter l’institution vers ses intérêts, fixant priorités et nominations sans garde-fous.
Ils estiment que l’indépendance de la Cour des comptes, garante du bon usage des fonds publics, repose sur une impartialité aujourd’hui fragilisée par ce qu’ils qualifient de « fait du prince ».
Les réactions politiques n’ont pas tardé. Le député La France insoumise Éric Coquerel a dénoncé un risque pour une institution « en laquelle les Français ont confiance », accusant Emmanuel Macron de de confondre indépendance et subordination. Sur les réseaux sociaux, les Républicains ont affirmé y voir une « dérive grave » susceptible de transformer des autorités de contrôle en annexes du pouvoir.
L’association Attac a, pour sa part, lancé une pétition demandant le retrait de la nomination, invoquant un possible conflit d’intérêts flagrant, Amélie de Montchalin étant amenée à certifier des comptes qu’elle a précédemment supervisés.
D’autres nominations évoquées, notamment celle d’Emmanuel Moulin à la Banque de France, alimentent également les interrogations sur un éventuel verrouillage systématique à l’approche de 2027.
Les auteurs de la tribune appellent à l’instauration d’un mandat fixe, à un contrôle parlementaire renforcé et à une déconcentration des pouvoirs. Des voix macronistes, comme Yaël Braun-Pivet, défendent les compétences de Montchalin, mais peinent à dissiper les doutes sur cette stratégie de placement.