La plus grande association syndicale et professionnelle d’infirmières et infirmiers autorisé(e)s aux États-Unis, National Nurses United (NNU), a appelé à l’abolition de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) à la suite de la mort par balle d’Alex Jeffrey Pretti à Minneapolis dans le Minnesota.
L’Américain de 37 ans a été abattu par des agents fédéraux à Minneapolis le samedi 24 janvier. C’est le troisième décès d’un opposant à la police de l’immigration (ICE) après la mort de Renee Good le 7 janvier et d’une autre personne lors d’arrestations, déclenchant de nouvelles manifestations à Minneapolis, mais également à New York ou encore à San Francisco.
Cet infirmier au grand cœur comme le décrivent ses proches et que la Maison-Blanche a qualifié d’assassin a été tué par dix coups de feu, en pleine rue devant les caméras de nombreux témoins.
« Il était là pour se livrer à la violence » : voilà le récit officiel de la Maison-Blanche, transmis par la voix de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, qui n’a pas hésité à accuser le trentenaire de « terrorisme intérieur ». De son côté, le conseiller de la Maison-Blanche, Stephen Miller, a qualifié Alex Pretti d’« assassin », dans un message relayé par le vice-président J. D. Vance.
Outrés par le récit de l’administration Trump, les parents d’Alex Pretti ont accusé, dans un communiqué publié par les médias américains, le gouvernement de répandre « des mensonges écœurants » sur leur fils. « Alex ne tient clairement pas d’arme à feu lorsqu’il est attaqué par les voyous meurtriers et lâches de l’ICE de Trump. Il tient son téléphone dans sa main droite et sa main gauche vide est levée au-dessus de sa tête alors qu’il tente de protéger la femme que l’ICE vient de pousser à terre », a encore déclaré sa famille. La famille d’Alex a déclaré être « dévastée, mais aussi très en colère » suite au meurtre d’Alex.
Son père, Michael Pretti a déclaré à l’Associated Press qu’Alex considérait sa participation aux manifestations comme une façon d’exprimer sa compassion envers autrui. Ses parents l’ont décrit comme une personne compatissante, « profondément soucieuse du sort des autres ».
Quant au syndicat NNU, qui représente plus de 225 000 membres, a exprimé son indignation : « Les infirmiers du pays sont horrifiés qu’un agent de l’immigration ait commis un meurtre de sang-froid contre un fonctionnaire qui ne représentait aucune menace. Nous exigeons justice et que les responsables de ce meurtre rendent des comptes. » La NNU a critiqué la répression menée par l’administration Trump, déclarant que l’ICE représente une grave menace pour la santé publique. Elle a souligné que les agents de l’ICE ont fait preuve de violence à plusieurs reprises, affirmant : « Ils ont kidnappé des personnes travailleuses et ont maintenant assassiné un infirmier de confiance. »
L’American Nurses Association (ANA) et la Minnesota Organization of Registered Nurses (MNORN) ont également publié des déclarations exprimant leur tristesse et exigeant la transparence dans l’enquête.
« Nous sommes profondément attristés et bouleversés d’apprendre le décès d’Alex Pretti, infirmier diplômé, survenu plus tôt dans la journée à Minneapolis. Nous présentons nos sincères condoléances à ses proches, à ses collègues et à toute la communauté », a déclaré l’ANA dans un communiqué.
L’agence ANA a ajouté qu’elle condamnait la violence et exigeait que les responsables rendent des comptes et fassent preuve de transparence dans l’enquête et la détermination des causes de l’incident. « La gravité de cet incident, comme d’autres, exige transparence et responsabilité. L’ANA demande une enquête complète et impartiale, et insiste pour que les conclusions soient communiquées rapidement et clairement afin que les proches d’Alex et le public obtiennent des réponses », a-t-elle souligné dans son communiqué.
De son côté, la MNORN a exprimé sa profonde tristesse face à cette perte : « Aujourd’hui, notre communauté infirmière est en deuil. Nous avons perdu un collègue infirmier diplômé, victime d’un acte de violence lié à l’application des lois sur l’immigration. Quelles que soient nos positions respectives sur les enjeux actuels, la perte d’un infirmier, d’un soignant, d’un collègue, d’un être humain, nous affecte profondément. Ce message n’a rien à voir avec la politique. Il s’agit de faire le deuil d’une vie fauchée trop tôt et d’honorer la vocation que nous partageons tous ».
« Soyez indulgents envers vous-mêmes et les uns envers les autres dans les jours à venir. Prenez des nouvelles les uns des autres. Autorisez-vous la tristesse, la confusion et la réflexion. Si vous éprouvez des difficultés, n’hésitez pas à demander de l’aide ; personne ne devrait porter ce fardeau seul… Lorsqu’un infirmier disparaît, nous le ressentons toutes », a ajouté la MNORN.
Le Département de la Sécurité intérieure a prétendu que la fusillade s’était produite lors d’une opération ciblée contre un individu armé, et a déclaré qu’un agent avait tiré en état de légitime défense.
Des manifestations ont éclaté samedi à Minneapolis, réclamant justice et s’opposant aux actions répressives fédérales, ce qui a incité le gouverneur Tim Walz à mobiliser la Garde nationale du Minnesota en soutien aux forces de l’ordre locales. Des manifestants se sont rassemblés près du lieu de la dernière fusillade, et les tensions sont montées dans certains quartiers de la ville. Les agents fédéraux ont eu recours à des techniques de maintien de l’ordre, notamment des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, après des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.