Ce qui passait encore récemment pour une hypothèse marginale s’invite désormais au cœur du débat politique français : la question d’une sortie de la France de l’OTAN. Cette perspective a franchi un nouveau palier lorsqu’une initiative parlementaire formelle a été déposée à l’Assemblée nationale.
Dans une interview accordée au quotidien berlinois Berliner Zeitung, Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale et députée de La France Insoumise, défend une rupture stratégique avec l’OTAN, au nom de l’indépendance française, du respect du droit international et d’une nouvelle voix diplomatique non alignée.
Dans les colonnes du quotidien allemand, elle défend une rupture explicite avec l’Alliance atlantique, estimant que le contexte international a radicalement changé. Selon elle, la réorientation assumée de la politique américaine, désormais revendiquée comme impériale, confère une urgence nouvelle à une position historiquement portée par son mouvement.
Mme Guetté énumère une série de faits qu’elle juge révélateurs : l’enlèvement illégal du président vénézuélien Nicolas Maduro, les pressions exercées contre des États souverains, les menaces d’annexion du Groenland, les sanctions visant des responsables européens favorables à l’encadrement des géants numériques américains, ou encore les accords commerciaux imposés au détriment des intérêts européens. À cela s’ajoute l’exigence formulée lors du dernier sommet de l’OTAN d’augmenter massivement les dépenses militaires, jusqu’à 5 % du PIB, une orientation qui profiterait avant tout à l’industrie d’armement des États-Unis.
Pour la députée française, ces éléments convergent vers un même constat : Washington se placerait ouvertement en dehors du droit international et des mécanismes de sécurité collective, reléguant l’Union européenne à un « statut de vassal ». Dans ce contexte, continuer de considérer les États-Unis comme un allié relève d’un aveuglement stratégique. Maintenir la France dans une alliance dirigée par une puissance assumant une telle posture exposerait le pays à des choix militaires contraires à ses principes et à ses engagements internationaux.
La sortie de l’OTAN constituerait, à ses yeux, une alternative crédible. Cette décision permettrait à la France de retrouver une pleine autonomie militaire et diplomatique et de renouer avec une position de non-alignement. Mme Guetté souligne que la dissuasion nucléaire française offrirait déjà les moyens nécessaires à la défense du territoire national et de la population, sans dépendance structurelle à une alliance permanente.
En outre, cette non-appartenance à l’OTAN ne signifierait pas l’isolement. Bien au contraire, rompre avec ce qu’elle qualifie de « bloc occidental » et ses attitudes dominantes renforcerait la capacité d’influence de la France. Dans des cadres multilatéraux comme la Francophonie, les Nations Unies ou l’OSCE, Paris pourrait promouvoir des coopérations orientées vers l’intérêt général : transition écologique, alternatives au néolibéralisme, protection des biens communs et désarmement nucléaire multilatéral.
Le quotidien Berliner Zeitung note que le débat trouve un écho particulier dans le paysage politique français. Le bloc de gauche auquel appartient LFI constitue aujourd’hui la première force à l’Assemblée nationale, tandis que le Rassemblement National, également critique de l’OTAN, occupe une place centrale à droite. Même au sommet de l’État, les doutes ne sont pas absents : le président français Emmanuel Macron a plusieurs fois interrogé l’orientation de l’Alliance et rappelé la nécessité de défendre sans concession la souveraineté territoriale européenne.
Dans ce contexte, toujours selon le quotidien allemand, la résolution portée par Mme Guetté apparaît moins comme un geste isolé que comme la cristallisation d’un débat de fond sur l’autonomie stratégique française et européenne, désormais pleinement assumé sur la scène publique.