Dans les récents événements en Iran, marqués par des manifestations liées à la chute de la monnaie nationale et aux difficultés économiques, les médis mainstream semblent voir une occasion pour véhiculer leur version des faits dans un monde marqué, entre autres, par une guerre des narratifs, selon beaucoup d’experts et analystes.
Alors que les autorités iraniennes ont reconnu la légitimité des manifestations pacifiques, qui ont éclaté dimanche après la fermeture temporaire des commerces par les commerçants à Téhéran pour protester contre la chute de la monnaie nationale, les médias occidentaux, notamment ceux de la France, semblent chercher à exacerber les tensions et instrumentaliser les revendications économiques de la nation iranienne, et ce avec une visée nettement politique.
Et ce n’est pas tout. Les prises de position de responsables américains et israéliens sur les manifestations en Iran trahissent leur irrespect pour le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains.
Les propos interventionnistes du président américain Donald Trump, de l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo, ainsi que des responsables de l’agence d’espionnage israélienne Mossad s’inscrivent ainsi dans une logique d’intervention politique.
Les propos de Pompeo ou ceux des responsables du Mossad, évoquant la présence d’agents israéliens au sein des manifestations en Iran, constituent un aveu explicite d’ingérence étrangère. Ces déclarations seraient le signe d’un changement de paradigme : ils ne cachent plus leurs immiscions. Une telle attitude, assumée sans crainte de réprobation à l’échelle mondiale, fait fi du droit international et de la souveraineté des États.
Les ingérences des États-Unis contrastent fortement avec la manière dont les autorités américaines traitent les mouvements de contestation dans leur propre pays. Des manifestations aux États-Unis, qu’il s’agisse du mouvement Black Lives Matter (la vie des Noirs compte) ou des protestations contre certaines politiques gouvernementales, ont très souvent été réprimées par de lourds dispositifs policiers, marqués par l’usage massif de la force, des arrestations de journalistes et des violences documentées. Et pourtant, les autorités américaines se permettent d’apporter des jugements interventionnistes au sujet des évènements en cours en Iran, qu’elles qualifient de répression violente des contestations de rue.
Sur le plan médiatique, un autre phénomène interpelle : la convergence narrative entre des chaînes pourtant idéologiquement opposées comme Fox News et CNN. Ces médias ont recours à des clichés étonnamment similaires lorsqu’il s’agit de couvrir les manifestations en Iran.
De l’autre côté de l’Atlantique, en France, la façon dont les médias traitent les évènements en Iran soulève des critiques. En effet, on a été ces dernières années témoins d’une gestion particulièrement brutale des mouvements sociaux — des Gilets jaunes aux manifestations contre les réformes des retraites en passant par le mouvement « Bloquons tout ». Les autorités répriment souvent les mouvements pacifiques par des interventions policières musclées.
En France, les manifestations légitimes sont fréquemment réprimées et confrontées à une réponse sévère des forces de l’ordre. Or, la plupart des médias français lancent des accusations contre la République islamique pour ce qu’ils appellent le recours à la force contre les manifestants.
Cela montre le deux poids, deux mesures du gouvernement français et dans un sens plus large soulève des questions sur l'objectivité de la couverture médiatique occidentale.
La semaine dernière, une vidéo devenue virale, a montré plusieurs forces de l’ordre en train de braquer leur arme sur un conducteur à bord de son tracteur lors d’une manifestation agricole à Auch dans le Gers, dans le sud-ouest de la France. Ceci alors que le conducteur était « en train de manœuvrer pour quitter les lieux » lorsque les forces de l’ordre l’ont mis en joue.
Selon un rapport du CIVICUS Monitor publié en décembre 2025, la police française a eu recours à une force excessive, incluant l’usage de gaz lacrymogènes, de grenades et des arrestations massives, contre des manifestations en grande partie pacifiques, notamment celles du mouvement « Bloquons tout ».
En 2025, le mouvement « Bloquons tout » a profondément secoué la France, avec des grèves et des rassemblements visant à protester contre la vie chère et les difficultés économiques. Certains collectifs restent actifs et poursuivent les appels à la mobilisation en ce début de 2026, témoignant de la persistance des tensions sociales et du mécontentement au sein de la population.
Amnesty France avait également dénoncé un usage excessif de la force et des arrestations abusives, même lors de manifestations pacifiques.
Par ailleurs, une nouvelle enquête, réalisée en partenariat avec Ipsos et publiée le mardi 30 décembre 2025, révèle une progression « extrêmement rapide et préoccupante » de la précarité au sein de la population française en 2025.
Ainsi, sur les 1 000 sondés représentatifs de la population française, 24 % déclarent avoir eu recours à l’aide financière de leurs proches, contre seulement 12 % en 2021 et 15 % en 2022. En outre, 10 % des sondés affirment solliciter de l’aide pour la première fois de leur vie. Un moins de 35 ans sur deux se trouve également dans cette situation.
En effet, comme l’ont reconnu des responsables iraniens, les protestations contre la cherté de la vie est une réalité compréhensible, mais il faudrait rappeler que depuis le rétablissement des sanctions unilatérales par les États-Unis en 2018, l'économie iranienne subit une forte pression. La dévaluation record de la monnaie nationale en serait la dernière conséquence en date qui impacte naturellement le quotidien de la population et le bon déroulement des commerces. Et les pays européens, dont la France, par leur suivisme aux politiques américaines, ont soutenu une approche coercitive illégale dont les gens ordinaires sont la première victime.