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Guerre américano-américaine en vue, quels effets au Moyen-Orient?

La police militaire s'en prend à une manifestation près de Lafayette Park avant la visite du président Trump à l'église St. John's lundi dans le centre-ville de Washington, le 1er juin 2020. © Getty Images

Mercredi, le chef du Pentagone, Esper, avait rejeté l’idée de déployer l'armée dans les rues américaines comme le lui demande le président Trump avant d'y revenir quelques heurs plus tard par crainte d'être mise à la porte de la Maison Blanche par un président à la fois paniqué et revanchard. Le Pentagone est-il en crise, scindé entre les pro et les anti Trump sur fond d'un coup monté par le complexe militaro-industriel US qui meut d'envie de déclencher une nouvelle guerre, fût-ce sur le sol américain? Il y a lieu d'en douter. Mais ce faisant, le Pentagone est sur le point de se laisser piéger. Une armée américaine qui réprime les Américains, comment pourra-t-elle apporter le bien être et la démocratie aux autres?

Mercredi 3 juin, Mark Esper a osé affirmer qu'il s'opposait au déploiement des troupes militaires pour l'application de "Insurection Act" de 1807 qui ne devrait être invoquée aux États-Unis qu'"uniquement dans les situations les plus urgentes et les plus dramatiques".

« Nous ne sommes pas dans ce genre de situations aujourd’hui », a-t-il renchérit avant de changer d'avis quelques heures plus tard sous pression présidentielle, pour reconnaître implicitement qu'après tout, l'US Army est faite pour tuer, que ce soit en Irak, en Syrie, au Yémen, en Afghanistan ou encore aux USA, sa mission principale étant de faire tourner la machine de guerre US. 

Des troupes de la 82ème division aéroportée, de la 10ème division de montagne et de la 1ère division d’infanterie – qui ont perdu des guerres au Vietnam, en Afghanistan, en Irak et, en Somalie – sont ainsi déployées sur la base aérienne d’Andrews près de Washington face à ceux que le Président et sa bande qualifient d'"Antifa", d'"anarchistes", d'"émeutiers" et de "pillards". Ce sont certainement des cibles plus faciles à abattre que les combattants afghans, irakiens ou encore les soldats syriens ou ceux de la Résistance qui depuis près de 20 ans combattent l'occupation américaine au Moyen-Orient, quitte à faire de leur région un bourbier grandeur nature pour les troupes US.

Le leader iranien le rappelait à juste titre mercredi 3 juin, ce qui se passe au sein de la société US est un reflet de la politique américaine à l'internationale :  

"Ce qui se déroule ces jours-ci dans les villes américaines est le résultat des réalités qui ont toujours été cachées. Cependant, aujourd'hui, elles ont été révélées, entraînant la honte du gouvernement américain. Le crime commis contre cet homme noir est la même chose que le gouvernement américain a faite contre le monde entier : en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Vietnam et de nombreux autres pays. Ce sont la nature et l’éthique du gouvernement américain qui s’affichent aujourd'hui. Le slogan du peuple « ICantBreathe (Je ne peux pas respirer) » peut être entendu dans les manifestations massives à travers les États-Unis. Il représente également les propos sincères de toutes les nations contre lesquelles les États-Unis ont commis de nombreuses atrocités"

 Après avoir déployé l'armée US dans les rues de Washington et ailleurs, il faudrait sans doute s'attendre à une "Autorité provisoire de la Coalition", pour diriger l'Amérique, comme les Américains l'ont fait en 2003 en Irak.  Signe supplémentaire d'une totale division au sein de l'establishment US et partant du Pentagone, l'ex secrétaire à la Défense, James Mattis, est allé de son commentaire pour s'opposer radicalement au président Trump et à son idée de déployer l'armée aux États-Unis. Non pas parce que la guerre est mauvaise en soi mais parce qu'"elle devrait avoir par principe pour décore l'Asie de l'ouest, la mer de Chine, les Caraïbes...

« La militarisation de notre réponse, comme nous l'avons vu à Washington, D.C., met en place un conflit - un faux conflit - entre la société militaire et la société civile », a dit l'ex secrétaire à la défense qui a démissionné  en décembre 2018 après des mois de conflit avec un Trump qui avait décidé de retirer unilatéralement les troupes américaines de Syrie : « Donald Trump est le premier président de ma vie qui n'essaie pas d'unir le peuple américain - ne prétend même pas essayer. Au lieu de cela, il essaie de nous diviser. Nous assistons aux conséquences de trois ans de cet effort délibéré. Nous assistons aux conséquences de trois ans sans leadership mûr », a dit Mattis. Mais au train où vont les événements, l'US Army envahira le sol et le ciel américain et la question sera dès lors la suivante : le remake de 20 ans de guerre US dans les rues américaines laissera-t-il un quelconque crédit à ce faux parallélisme entre "présence militaire US" et "sécurité exportée", tel qu'il est prêché par les Américains au Moyen-Orient? 

Depuis le 8 janvier 2020 et la frappe au missile iranienne contre la base US d'Aïn al-Asad en riposte au lâche assassinat du haut commandant iranien en visite à Bagdad, ce parallélisme a du plombe dans l'aile, alliés et ennemi des Américains ayant compris que la présence des bases américaines revient surtout à fragiliser la stabilité et la sécurité. Une guerre US Army/Peuple américain finira par enterrer à jamais ce faux et ô combien mortel parallélisme.

Ce changement de cap s’ajoute à la confusion sur la menace du président d'invoquer l'Insurrection Act pour réprimer les manifestations contre le racisme systématique de la police américaine dont le dernier en date a coûté la vie à George Floyd à Minneapolis. Les responsables de la Maison Blanche avaient indiqué avant même les commentaires d'Esper que Trump ne recourrait pas à l’application de la loi vieille de 200 ans, pour autant ils ont affirmé que Trump était bouleversé par la déclaration d'Esper reflétant une "faiblesse".

Interrogé à plusieurs reprises si Trump avait encore confiance en son chef du Pentagone,  Kayleigh McEnany, secrétaire de presse de la Maison Blanche, a déclaré: « En ce moment, le secrétaire Esper est toujours le secrétaire Esper, et si le président perd la foi, nous en apprendrons tous à l'avenir. »

Depuis sa prise de fonction à la Maison Blanche, Trump n'a pas toléré la moindre opposition et a licencié un grand nombre de ses conseillers et assistants. Esper a, quant à lui, irrité le président américain en critiquant vivement les actions de la police de Minneapolis lors de l'incident de la semaine dernière qui a déclenché les protestations.

Agé de 46 ans, l’Africo-américain, George Floyd Floyd, a trouvé la mort après que le policier Derek Chauvin a exercé pendant plusieurs minutes une pression avec son genou sur la nuque de Floyd. Esper a qualifié l'acte de "meurtre" et "d'un crime horrible".

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV