Dans ce numéro de Zoom Afrique :
L’actualité en Afrique :
Les analyses de la rédaction :
RDC
Suite aux sanctions des États-Unis contre l’entourage de Joseph Kabila, une nouvelle étape dans l’installation des nouvelles institutions en République démocratique du Congo, avec les élections le lundi 11 mars des bureaux définitifs des assemblées provinciales. Le FCC gagne dans 20 des 24 provinces. Les événements semblent montrer une alliance entre le président Tchisekedi et Joseph Kabila, ce qui risquerait de déplaire à l’Occident.
Car après les sanctions qui ont été infligées à certains officiels congolais et de ceux de la CENI, les événements portent à croire que Washington et Kinshasa pourraient éventuellement entrer dans une phase de rupture. Mais visiblement ça n’est pas le cas, et c’est plutôt un paradoxe à l’américaine qui se met en place. Le comportement de Washington reste flou. Les États-Unis ont salué la victoire de Tshisekedi, mais d’un autre côté, ils ont sanctionné deux personnalités de la CENI qui ont donc contribué au bon déroulement des élections présidentielles. Il y a trois semaines, l’envoyé spécial américain dans les Grands Lacs, Peter Phan, avait réaffirmé l’engagement de Washington à travailler avec la RDC.
Le département d’État, qui a publié le communiqué le vendredi 22 février, a avancé une série d’allégations en tout genre sur certains officiels congolais, notamment sur les dirigeants de la Ceni.
L’une des personnes affectées par ces sanctions US, c’est Corneille Nangaa, qui a affirmé : « Je ne me sens pas concerné par ces sanctions. Je ne suis pas citoyen américain. »
D’autant plus que, saluées par les uns, décriées par les autres, les sanctions des USA ne font que jaser l’opinion publique congolaise. Peut-on affirmer que la rupture entre les USA et la RDC est envisageable ? Difficile à dire, néanmoins, il semble être encore trop tôt pour l’affirmer. Cela dit, la visite de l’homme Afrique américain est prévue pour ce 13 mars, et les choses s’éclairciront peut-être. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle élection a montré que les Congolais ont voté et que les ingérences étrangères n’ont pas d’emprise sur eux.
Mali
Au Mali, l’état-major français a finalement bel et bien accepté qu’Amadou Koufa, l’un des chefs terroristes présumés, est encore en vie. Voici un déroulement rapide des événements liés à cette opération Barkhane plus que douteuse.
Le 23 novembre, la France avait annoncé la mort, dans une opération militaire française impliquant la force Barkhane et la DGSE, d’Amadou Koufa et d’une trentaine de membres de son groupe.
Tout d’abord, la ministre des Armées, Florence Parly et son homologue allemande, Ursula von der Leyen, étaient en visite au Mali les 12 et 13 novembre, ou plusieurs visites ont eu lieu à Bamako et aussi dans les bases militaires de la France et de la MINUSMA, où se trouve le contingent allemand à Gao.
10 jours plus tard, voilà que cette opération des troupes Barkhane a eu lieu en coopération avec la DGSE. La DGSE est bien connue pour ses liens étroits avec différents groupes terroristes, aussi bien au Moyen-Orient qu’en Afrique. La ministre française s’était empressée de saluer cette action « qui aurait permis de neutraliser un important détachement terroriste au sein duquel se trouvait Amadou Kouffa » et n’avait pas manqué de l’annoncer devant l’Assemblée nationale française. En bref, une précipitation qui montre bien que Paris cherchait absolument à convaincre que la présence des forces Barkhane est très utile. Cela dit, toute cette opération ressemblait plutôt à un scénario concocté longtemps à l’avance, car le lendemain de l’opération du 23 novembre, un site proche des milieux terroristes avait déjà confirmé qu’Amadou Koufa n’était pas mort, mais personne ne s’était penché sur l’article.
D’ailleurs un scénario identique s’est produit lors de la visite du Premier ministre français, Édouard Philippe, vers la fin février : des attaques ont eu lien contre les Casques bleus de l’ONU et aussi contre un camp militaire de Koulikoro à la même date. Ce qui a permis en l’occurrence au Premier ministre français d’annoncer que le prétendu combat durerait encore longtemps.
Ce qui fait que durant ce mois de février, un poste de commandement de coordination et de sécurité (PCCS) a été créé à Ménaka, région ou 120 commandos parachutistes avaient été largués.
En outre, dans le même secteur, précisément à Anderamboukan (sud-est de Ménaka), la construction d’une base opérationnelle avancée temporaire (BOAT) a aussi commencé à Anderamboukan.
Or, c’est dans cette région du Liptako, où la force Barkhane mène régulièrement des opérations, que deux militaires français ont été sérieusement blessés, le 10 mars, lors d’une attaque, à Akabar, près de la frontière avec le Niger, au sud-ouest de Ménaka. Aucune preuve n’est encore fournie quant aux auteurs de cette attaque.
La réalité est que les troupes d’occupation françaises au Grand Mali ont beaucoup de mal à s’en sortir, car elles font face à une résistance croissante.
Russie-Cameroun
Après les coups portés par les États-Unis au Cameroun suite à l’affaire de la minorité sécessionniste anglophone, avec des pressions sur le gouvernement camerounais, le discrédit et surtout la volonté de torpiller les actes de l’armée, Washington a voulu porter un nouveau coup en décidant de réduire le budget du Cameroun consacré à l’aide militaire et à la sécurité, en prétextant des violations des droits de l’homme, et aussi en exhortant l’État camerounais à libérer l’opposant Maurice Kamto sous peine de nouvelles sanctions. Mais avec une telle politique, on pourrait se demander si les États-Unis ne poussent pas le Cameroun à relâcher ses liens avec Washington et à se tourner vers d’autres pays.
Il faut savoir que Washington dispose de centaines de soldats au Cameroun chargés de former, de conseiller et d’aider les forces locales dans leur combat contre des organisations terroristes dans la région du bassin du lac Tchad, une région stratégique au cœur d’une lutte d’influence entre les grandes puissances. Le gel de ses aides laisserait un grand vide dans la lutte de l’armée camerounaise pour maintenir l’ordre auprès de la minorité anglophone téléguidée depuis l’étranger, mais aussi dans la lutte contre le terrorisme. La France a quasiment servi son pré carré aux Anglo-Saxons sur un plateau d’argent, Israël est bel et bien présent aussi au Cameroun et tente de renforcer sa présence, et la Chine a récemment annulé la totalité de la dette camerounaise. La Russie pourrait très bien profiter de l’occasion pour s’implanter comme elle l’a fait en Centrafrique. En effet, Moscou a pu agrandir son influence dans le pré carré français en RCA, suite à la volonté de Paris d’amplifier les plans de déstabilisation en Centrafrique en retirant les troupes armées impliquées dans l’opération Sangaris. La Russie a donc pu vendre des armes et envoyer aussi des instructeurs militaires dans le but de faire renaître les FACA. Il est donc possible que le Cameroun choisisse de se tourner aussi vers Moscou.
Depuis avril 2015, un accord de coopération militaire et technique passé entre le Cameroun et la Russie prévoit des livraisons d’armements, de matériel de guerre, de munitions, de pièces de rechange, d’équipements, de produits spéciaux et la formation des cadres militaires camerounais à travers des bourses d’admission aux établissements d’enseignement militaire russes ou des programmes de formation organisés au Cameroun par des experts venus de Russie dans les domaines de la sécurité incendie. Plusieurs officiers camerounais ont déjà suivi des formations en Russie et un nombre important d’équipements militaires a également été octroyé au Cameroun par la diplomatie russe dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce qui fait que les premiers pas ont déjà été effectués par Moscou.
Cela dit, au niveau naval, la Russie n’a pas vraiment une large présence comme l’UE et les États-Unis dans le golfe de Guinée. Cela dit, cela pourrait changer d’ici peu. Suite à un accord portuaire avec l’Érythrée mais aussi la Guinée équatoriale, avec qui elle a passé en juillet 2015 un important accord prévoyant le ravitaillement des navires de guerre russes (notamment le croiseur lance-missiles Moskva) dans les ports équato-guinéens et l’entrée libre des navires militaires russes dans les ports de la Guinée équatoriale pour s’approvisionner en eau, en carburant et en nourriture, Moscou tente d’inverser la tendance. la présence de la Russie dans le golfe de Guinée, mais aussi sur le continent africain en général, suscite les inquiétudes de l’Occident, particulièrement pour la France et les États-Unis, qui y voient une menace directe à leurs intérêts géostratégiques et géopolitiques. La Russie est déterminée à œuvrer à la reconfiguration de l’ordre mondial.
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