En tant qu’héritier du trône saoudien, Mohammed Ben Salmane se prépare à partir en tournée dans les capitales occidentales pour promouvoir l’investissement dans le royaume, alors que ses plans économiques ambitieux et même son emprise sur le pouvoir sont de plus en plus remis en question.
Il y a de grands doutes qui planent sur la volonté des investisseurs étrangers de soutenir le prince dans sa purge au sein de l’élite saoudienne.
Le prince héritier a tenté de tracer une ligne de conduite par la détention de plusieurs centaines de membres de la famille royale et d’hommes d’affaires éminents à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad, où ils auraient été contraints de se séparer de leur fortune en échange de la liberté.
Les autorités saoudiennes ont tenté de faire de la saisie des avoirs des membres de famille royale, un moyen de lutte contre la corruption. Mais dans un pays où la corruption est généralisée, la purge était toutefois très sélective et sans aucun respect envers les droits de propriété.
Parmi les détenus figuraient des princes saoudiens ayant des empires commerciaux internationaux et des dirigeants de grandes entreprises locales, suggérant très fermement que personne dans le royaume, à l’exception peut-être des plus proches partisans de Mohammed ben Salmane, n’est à l’abri de ce qui ressemble à une justice arbitraire.
Les investisseurs étrangers ont fait preuve de retenue, mais pour la plupart d’entre eux, la corruption est un facteur clé lors de l’exploration des opportunités sur le marché saoudien.
Dans le passé, il était conseillé à ceux qui envisageaient de faire du commerce avec des sociétés locales saoudiennes, de faire preuve de vigilance afin de ne pas tomber dans le piège de la corruption.
Maintenant, les préoccupations vont beaucoup plus loin. On craint qu’un partenaire ou un client de fortune privé saoudien ne soit victime de cette purge « anti-corruption ». D’autant plus que les Saoudiens n’ont pas encore fourni des éléments de preuve pour les allégations de corruption portées contre les détenus.
Le prince héritier a mis la barre très haute en lançant cette campagne. Il aurait été conscient du risque d’effrayer les investisseurs étrangers, mais il semble avoir calculé cela en se basant sur une économie dépendante du pétrole, dans un état nettement malsain, il était essentiel de collecter des fonds pour combler le déficit budgétaire du pays et d’envoyer un message à ceux qui ne respectent pas totalement son plan.
Au début, il espérait gagner jusqu’à 300 milliards de dollars grâce aux saisies d’actifs, mais c’était extrêmement irréaliste parce qu’une grande partie de la richesse des détenus est immobilisée dans des structures financières complexes à l’étranger, donc hors de portée de l’État saoudien.
Il n’est donc pas surprenant que le total des actifs saisis ne représente qu’une petite partie de la somme prévue ; les autorités de Riyad ne peuvent compter que sur l’acquisition de 13,3 milliards de dollars à la fin de l’année, l’équivalent du montant des recettes que le pays recevrait avec une petite augmentation du prix du pétrole. Ceci est l’une des principales raisons de la libération de la plupart des détenus.
Les interdictions de quitter le territoire imposées à de nombreux anciens détenus visent à garantir le respect de leurs engagements. Pourtant, les inquiétudes de ben Salmane ne se limitent pas à cela et il a encore d’autres grands soucis.
Ses efforts entrepris au cours de ces derniers mois dans la voie de son accession imminente au trône, ses tentatives pour assouplir certaines des restrictions sociales du pays et aussi le blocus infructueux imposé au Qatar voisin, n’auraient pas plu aux membres de la famille royale et semblent avoir mis en colère des dignitaires religieux du pays, dont trois d’entre eux ont été arrêtés en septembre.
Mohammed ben Salmane possède la plupart des leviers du pouvoir dans le pays, après avoir écarté et limogé plusieurs de ses rivaux au sein de la famille royale.
Depuis le coup d’État qu’il a mené en juin dernier, il a considérablement réduit ses déplacements à l’étranger à des réunions publiques. À vrai dire, certains de ses voyages ont été annulés ou ajournés. Ses visites en Grande-Bretagne et aux États-Unis ont aussi été reportées.
Tout porte à croire que son statut n’est pas aussi fort qu’il le prétend surtout après avoir destitué son cousin pour devenir héritier du trône.
Avec ses plans économiques et les divergences de vues qui ont éclaté entre la famille royale et les religieux du pays, la place de ben Salmane pourrait s’affaiblir de plus en plus. Il a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre !