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Double scénario pour le Kurdistan irakien

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Les Peshmergas kurdes non loin de Kirkouk, en décembre 2016. ©http://24.hu

La présence des conseillers américains, israéliens et français à Erbil a tellement donné confiance à M. Barzani qu'il a décidé sur un coup de tête de changer le nom de la commission "électorale" à Erbil en "commission pour l'indépendance", dans un geste de défi absolu à l'adresse de Bagdad, d'Ankara, de Téhéran et de Damas. Ceci veut dire en termes clairs que Barzani n'a nullement attention de rebrousser le chemin et qu'il est prêt à aller jusqu'au bout. Mais quel pourrait être le prochain pas que le dirigeant kurde, toujours exhorté par ses "conseillers occidentaux", risque de franchir? 

Bernard-Henri Lévy au Kurdistan d’Irak, le 26 septembre 2017. ©Larègledujeu

Les architectes du projet de partition de l'Irak réfléchiraient déjà à un double scénario, suivant le contexte régional et international. Cité par l'agence Fars, l'analyste Hadi Mohamadi y revient : 

"Un premier scénario "minimaliste" tiendrait compte du contexte économique et politique ultra-fragile qui règne en ce moment au Kurdistan irakien: ce scénario chercherait à "canaliser, par propagandes interposées, l'opinion" et surtout à "gérer les réactions aux velléités indépendantistes" aussi bien à l'échelle régionale que nationale. C'est là le vrai sens du plan dit "confédérationaliste" que M. Macron - en qualité de porte-voix du néocolonialisme US - devrait proposer au PM irakien, en visite ce jeudi à Paris; suivant ce plan, Barzani négocierait les modalités d'une période de transition avec Bagdad. Les Kurdes annonceraient alors que le "référendum ne signifie pas forcément la séparation ni l'indépendance". Une fois les craintes des Irakiens apaisés, Barzani et consœurs auront amplement le temps nécessaire pour "régler le statut de la ville pétrolifère de Kirkouk" et arranger d'autres dossiers litigieux avec l'État irakien.

 

Car au contraire de ce que de nombreux commentaires croient, "un État kurde" pourrait parfaitement tenir sans le pétrole de Kirkouk. Les Israéliens qui opèrent depuis 20 ans au Kurdistan irakien le savent : le nord de la ville de Soleimaniyeh regorge de gisements gaziers, une manne qui pourrait, selon les stratégistes occidentaux, parfaitement suffire à fournir aux séparatistes de quoi survivre. Et c'est là que la Russie entre en jeu. Les géants gaziers occidentaux qui gèrent depuis 20 ans le pétrole du Kurdistan et qui ont échoué dans leurs projets gaziers en Syrie, ne perdent pas un seul instant de vue la Russie. Le gaz "kurde" pourrait, selon eux, perturber parfaitement le "jeu gazier" de Moscou en Europe. Car après tout, le premier scénario accorde aussi un rôle à jouer à la Turquie. Membre à part entier de l'Otan, et déjà attaché par de solides liens au clan Barzani, les occidentaux comptent d'une façon ou d'une autre "d'apprivoiser Erdogan".  La Turquie "reprise", le gaz kurde ira droit en Europe. Suivant ce premier schéma, Barzani devrait se montrer bien ouvert au dialogue : il négocierait avec Bagdad les résultats du référendum alors que la France et les États-Unis offriraient leur médiation. 

Le second scénario, quant à lui, serait plus violent et plus coûteux pour Barzani et ses protecteurs occidentaux car il s'agirait de "faire naître aux forceps un État kurde précoce". Cette malencontreuse naissance déclencherait un déluge de réactions hostiles avec en aval sanctions économiques, pressions politiques voire militaires. Toute démarche destinée à éclairer l'opinion kurde sur les vrais enjeux du plan sécessionniste de l'Occident au Kurdistan irakien pourrait réduire le marge de manœuvre du clan Barzani. Car au Kurdistan irakien, tout le monde est loin de partager les ambitions insensées de Barzani.

Mais est-ce suffisant? 

 Depuis le coup d'état de 2016 en Turquie, le pragmatisme turc qui faisait d'Ankara, l'allié inconditionnel des plans diaboliques de l'Occident a du plomb dans l'aile. Il est donc peu probable que l'Occident pousse Barzani à jouer le second scénario et à proclamer l'indépendance de façon unilatérale, quitte à se mettre à dos, ce que le site israélien "La règle du jeu"  qualifie de "bande des quatre"( Irak, Iran, Syrie, Turquie). Remarquons au passage que ce second scénario pourrait aussi se retourner contre les scénaristes puisqu'il rajouterait aux alliances anti-impérialiste et anti-israéliennes déjà existantes dans la région, une nouvelle.

 En toute logique, l'occident jetterait donc son dévolu sur le premier scénario et c'est là que la Russie de Poutine pourrait peser de tout son  poids puisque c'est du monopole gazier russe en Europe dont il est question. Une vision à long terme telle qu'elle est la vision de Poutine ne pourrait se permettre de rester indifférent à un tel danger. 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV