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Un État kurde, "Cheval de Troie" d'Israël dans la région

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Les soldats israéliens se retirent du sud du Liban en l'an 2000. © AFP

Situé sur les frontières ouest de l'Iran, un État kurde proche d'Israël est avant tout un péril "sécuritaire" pour le pays. 

Le pétrole kurde exporté en Israël. ©réseauinternational

L'ancien Premier ministre irakien n'a pas tort quand il dénonce la tenue du référendum du 25 septembre à titre d'un prélude à l'émergence d'un "second Israël". La crise qui couve au Kurdistan irakien n'en est qu'à ses débuts: les relations entre Israël et le Kurdistan irakien datent des années 70. Il a fallu toutefois une dizaine d'années pour que ces relations qui touchaient tous les domaines soient officiellement reconnues par l'ancien Premier ministre israélien Menahem Begin. Depuis, l'attitude de Tel-Aviv envers les Kurdes est celle du maître et du disciple. Il y a 16 ans, Haaretz faisait même publier un tabloïd pour prouver par A plus B l’existence des "parentés génétiques" entre les Kurdes et les Juifs remontant à Babylone. L'image a fait rire à l'époque bon nombre de spécialistes qui ne doutaient pas un seul instant du projet qui se préparait dès cette époque dans les officines israéliennes. 

Car cet " État kurde" que Tel-Aviv et Washington cuisinent aux portes de l'Iran et de la Turquie est censé traduire en acte ,sous une différente forme, la même "théorie du chaos en Asie de l'Ouest " qui a donné naissance à Daech et au takfirisme militant.

Comment un État kurde planté dans le nord de l'Irak pourrait-il servir les intérêts de Tel-Aviv? 

La proximité géographique du Kurdistan irakien avec l'Iran est un atout pour Israël. Au nom de l'alliance avec les Kurdes, l'appareil sécuritaire et du renseignement israélien saura s'installer près des frontières iraniennes, et partant, espionner l'Iran. Idem pour la Turquie et l'Irak lui-même qui, à en croire The Financial Times, "se trouvent déjà exposés" tant est grande la présence des " sociétés israéliennes au Kurdistan". Des sociétés qui sont gérées dans leur majorité par les généraux israéliens, dont l'ex-chef du Mossad, Dany Yatom.   

L'ex-chef du Mossad, Dany Yatom. (Archives)

Mais un "Kurdistan indépendant" représente un autre avantage pour Israël. Il contribue à reléguer au second plan voire faire oublier plus de 70 ans d'occupation israélienne de la Palestine. C'est d'ailleurs pour ce même objectif que la Syrie a été prise pour cible d'une guerre totale et que Daech et d'autres groupes takfiristes ont été créés de toute pièce.

Mais il y a aussi les intérêts économiques. Selon un rapport publié en 2012 par le think tank israélien, Jérusalem Center For Public Affairs, "le Kurdistan irakien a signé des contrats avec les sociétés sécuritaires et de télécommunication israéliennes. Et c'est Israël qui est chargé de subvenir aux besoins en technologie des forces de sécurité du Kurdistan. C'est encore Israël qui a construit l'aéroport d'Erbil. Bref, 75 pour cent des besoins en pétrole d'Israël sont importés depuis le Kurdistan. 

Si Barzani parvient à faire imploser l'Irak via son référendum du 25 septembre, les Israéliens auront un autre motif pour s'en réjouir : après plus de 70 ans d'isolement dans une région à laquelle il a été "greffé", Israël aura un "allié régional" dont le destin pourrait se nouer au sien. 

Mais le grand bénéficiaire de la foire d'empoigne que créera la séparation du Kurdistan irakien de la maison mère reste l'Amérique. Certes, les Américains s'opposent en apparence au vote, n'empêche que depuis 2003, ils ont tout fait pour provoquer une implosion de l'Irak, et donner déclic à ce qu'ils qualifient de "processus de démembrement de tous les États-nations de la région et leur transformation en de "minis-États" propres à " être dominés". Le porte-parole du département d'État américain a d'ailleurs affirmé que "le vote kurde devrait intervenir après la défaite de Daech comme pour tirer du néant un État (Kurde) capable d’être érigé en modèle de démocratie occidentale pour les autres pays de l’Asie de l’Ouest ».

Au regard de tout ce qui précède, l’Iran n’a aucun autre choix que de s’opposer fermement au Kurdistan indépendant. Carm ce « pari israélien », s’il est tenu, ce serait le début d’une nouvelle série de violences au Moyen-Orient, bien meurtri au bout de six ans de cauchemar takfiriste.

 

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV