TV
Infos   /   Iran   /   Moyen-Orient   /   L’INFO EN CONTINU   /   Point de Vue

La guerre contre l'Iran s'inscrit dans une guerre occidentale plus vaste menée sur des fronts de résistance interconnectés

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Dr Firoz Osman

La guerre actuelle ne se limite pas à un seul champ de bataille. Elle se déroule sur de multiples fronts au sein du monde musulman : Palestine, Liban, Syrie, Soudan et désormais Iran.

Il ne s'agit pas d'affrontements isolés, mais de théâtres d'opérations interconnectés au sein d'une lutte géopolitique plus large pour le pouvoir, les ressources et la domination idéologique.

Pour comprendre l'escalade actuelle contre la République islamique d'Iran, il est essentiel de la situer dans un contexte historique plus large, marqué par l'interventionnisme, la résistance et la lutte pour la souveraineté dans le monde musulman.

1979 : le tournant

La phase moderne de la confrontation avec l'Iran a débuté avec la Révolution islamique de 1979.

Cette révolution populaire a renversé le Shah, un monarque dont le pouvoir avait été consolidé par une intervention étrangère. En 1953, un coup d'État orchestré par la CIA renversa le Premier ministre démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, après la nationalisation de l'industrie pétrolière du pays, auparavant dominée par les intérêts britanniques.

Le Shah, rétabli au pouvoir, gouverna par la répression, appliquée par la SAVAK – une police secrète redoutée, connue pour ses actes de torture et sa brutalité généralisés.

La résistance à ce régime soutenu par l'Occident s'intensifia progressivement jusqu'à aboutir au soulèvement populaire et à la révolution. Le 11 février 1979, la République islamique fut officiellement proclamée, modifiant profondément l'équilibre des pouvoirs dans la région.

Iran et Palestine : Idéologie et alliances

La Révolution islamique de 1979 marqua immédiatement un tournant dans les priorités de la politique étrangère iranienne.

Quelques jours plus tard, l'Iran remit l'ancienne ambassade d'Israël à Téhéran à l'Organisation de libération de la Palestine. Yasser Arafat devint le premier dirigeant étranger à se rendre en Iran post-révolutionnaire, symbolisant un nouvel alignement stratégique.

Plus tard cette année-là, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini proclama la Journée d'Al-Quds, une mobilisation mondiale annuelle organisée le dernier vendredi du Ramadan et dédiée à la libération d'Al-Quds.

La Journée d'Al-Quds est bien plus qu'un événement symbolique. Elle constitue un vecteur de mobilisation politique, une réaffirmation de l'engagement idéologique et une expression mondiale de solidarité. Elle relie les luttes locales à une vision plus large d'unité au sein de l’Oumma musulmane.

Le soutien indéfectible et constant de l'Iran à la Palestine n'était pas perçu comme une diplomatie optionnelle, mais comme une obligation religieuse et idéologique ancrée dans la défense des opprimés à travers le monde.

Pourquoi la Révolution de 1979 menaçait l'Occident

La Révolution islamique d'Iran, menée par l'Imam Khomeini, représentait bien plus qu'un simple changement de régime. Elle bouleversa l'architecture de l'influence occidentale dans la région.

Le Shah était un allié essentiel, garantissant à l'Occident l'accès aux ressources pétrolières, une dynamique régionale favorable à ses intérêts et un alignement stratégique avec Israël.

Avec son éviction, les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël ont perdu un pilier central de leur ordre régional.

Deux impératifs stratégiques – le contrôle des ressources énergétiques et la protection d'Israël – ont longtemps façonné la politique occidentale en Asie de l’Ouest. L'émergence d'une République islamique d'Iran indépendante et déterminée a remis en question ces deux impératifs.

Confinement : sanctions et isolement

En réponse, l'Iran a subi une pression économique et politique soutenue de la part des pays occidentaux, menés par les États-Unis et leurs alliés.

Pendant des décennies, les sanctions ont été utilisées comme un outil pour affaiblir la République islamique, limiter son influence et saper le soutien interne à son modèle révolutionnaire.

Ce schéma ne se limite pas à l'Iran : tout État qui conteste les structures mondiales dominantes risque l'asphyxie économique ou une confrontation militaire.

Palestine : siège et résistance

Tandis que l'Iran était soumis à des sanctions, la Palestine subissait l'apartheid et le siège.

Pendant près de vingt ans, Gaza a été soumise à un blocus : sa population est confinée, surveillée et asphyxiée économiquement. Malgré ces conditions, les mouvements de résistance palestiniens ont développé de vastes réseaux clandestins, leur permettant de s'organiser, de s'entraîner et de poursuivre leur lutte pour la libération des territoires occupés.

Le soutien de l'Iran, conjugué à la coordination avec des groupes de résistance comme le Hezbollah, a contribué à l'essor de cette infrastructure de résistance.

Normalisation arabe et trahison stratégique

Parallèlement aux souffrances palestiniennes, plusieurs États arabes se sont progressivement rapprochés du régime israélien, trahissant ainsi la juste cause palestinienne.

Des pays comme l'Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ont établi ou renforcé leurs liens avec Israël, privilégiant la stabilité du régime, la coopération économique et les garanties de sécurité.

Ce revirement reflétait un calcul plus vaste : la survie des élites dirigeantes primait sur la solidarité avec la Palestine. La dépendance à l'égard de la protection militaire occidentale, notamment via les bases américaines dans le golfe Persique a renforcé cet alignement.

7 octobre : choc stratégique

Le 7 octobre 2023, le Hamas, mouvement de résistance basé à Gaza, a lancé une opération d'envergure dans les territoires occupés, baptisée « Tempête d'Al-Aqsa ».

Cette opération a remis en question la conviction de longue date de l'invulnérabilité militaire israélienne et a déclenché une escalade régionale. Elle a également réactivé un réseau de groupes alliés, dont le Hezbollah au Liban, Ansarullah au Yémen et des factions armées en Irak.

Cette constellation, souvent qualifiée d’« Axe de la Résistance », a démontré une pression coordonnée et multifrontale exercée contre Israël et ses alliés régionaux et extrarégionaux.

Pourquoi l’Iran soutient la Palestine

Bien que la Palestine ne soit pas explicitement mentionnée dans la Constitution iranienne, les dirigeants iraniens fondent leur soutien à la cause palestinienne sur des principes plus larges, tels que la défense des opprimés, l’opposition à l’injustice et l’attachement à l’unité musulmane.

L’article 152 de la Constitution iranienne encadre la politique étrangère autour de ces idéaux, justifiant ainsi sa position pro-palestinienne constante.

Le récit de la résistance est renforcé par la figure du martyre, notamment Ahmed Yassin, Abdel Aziz al-Rantisi, Ismail Haniyeh, Yahya Sinwar, Sayyed Hassan Nasrallah, Qassem Soleimani, Abu Mahdi al-Muhandis, Ali Larijani et l'Ayatollah Seyyed Ali Khamenei.

Ces figures sont perçues non seulement comme des chefs révolutionnaires, mais aussi comme des symboles de la Résistance.

Les récits de sacrifice – tels que ceux de Sinwar combattant jusqu'à son dernier souffle ou de l'Ayatollah Khamenei refusant d'entrer dans la clandestinité malgré les menaces qui pesaient sur sa vie – contribuent à renforcer le moral et à légitimer la lutte contre la coalition israélo-américaine du mal.

Leadership et autorité morale

Les récits attribués à des personnalités comme l’Ayatollah Khamenei mettent en avant un modèle de leadership fondé sur le partage des risques et la cohérence morale.

L'idée est simple, mais puissante : un dirigeant ne peut appeler au sacrifice tout en s'y soustrayant.

Cette perspective s'inspire profondément de la mémoire historique islamique, et notamment de l'héritage de l'Imam Hussein ibn Ali (que la paix soit sur lui), où la constance face à l'adversité est considérée comme la forme suprême d'intégrité.

Guerre, pouvoir et avenir

La guerre actuelle contre la République islamique d'Iran – largement considérée comme illégale et injustifiée – ne saurait se réduire à un seul problème.

Elle reflète des tensions structurelles plus profondes : entre indépendance et contrôle extérieur, entre résistance et normalisation, entre engagement idéologique et opportunisme politique.

Ce qui demeure clair, c'est que les guerres en Palestine, en Iran et dans la région au sens large ne sont pas isolées. Elles sont les expressions interconnectées d'une lutte plus vaste, qui continuera de façonner le paysage politique et moral du monde musulman.


Firoz Osman est un auteur et analyste basé en Afrique du Sud. Il est l'auteur de « Shattering Zionist Myths » et co-auteur de « Why Israel?»

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV.)

Partager Cet Article
SOURCE: FRENCH PRESS TV