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Diplomatie algorithmique et l’IA : la guerre de l’ombre de l’Occident contre l’Iran

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Par Ghorban-Ali Khodabandeh

Alors que les tensions géopolitiques atteignent leur paroxysme en Asie de l’Ouest, l’Iran se retrouve au cœur d’une bataille informationnelle intense. De nombreux analystes et observateurs dénoncent une campagne de désinformation systématique orchestrée par certains médias occidentaux, visant à délégitimer Téhéran, façonner l’opinion publique et justifier des mesures coercitives.

Depuis la Révolution islamique de 1979, l’Iran est une cible récurrente de la politique étrangère américaine et, par extension, des récits médiatiques occidentaux. Cependant, des observateurs estiment que la couverture actuelle dépasse le simple traitement journalistique pour s’apparenter à de la « guerre informationnelle » ou de la propagande, utilisant des tactiques de désinformation sophistiquées.

Contrairement aux guerres conventionnelles, ce conflit se joue dans les réseaux informatiques, les bases de données d’espionnage et les infrastructures critiques. Si Israël est le fer de lance sur le terrain, Washington fournit le renseignement, la pression économique et le parapluie militaire. Les Alliés européens tentent, eux, de maintenir une pression diplomatique tout en craignant une déstabilisation totale de la région, qui menace l’approvisionnement énergétique mondial.

Depuis plusieurs mois, chercheurs et spécialistes de la désinformation constatent l’essor de campagnes coordonnées visant le public iranien, menées depuis l’étranger et fondées sur des réseaux de comptes inauthentiques et des contenus manipulés ou générés par intelligence artificielle.

La stratégie d’influence numérique, au service d’un pseudo coup d’État contre l’Iran

Une enquête du journal Le Figaro publiée le 30 janvier 2026 détaille la stratégie d’influence numérique massive menée par Israël pour déstabiliser l’Iran.

Cette « guerre de l’ombre » s’appuie sur des réseaux de désinformation sophistiqués ciblant l’opinion publique iranienne, particulièrement dans un contexte de protestations contre la vie chère en Iran.

Selon les données rapportées par Le Figaro, une étude a identifié un premier groupe de 4 765 comptes sur la plateforme X ayant généré 843 millions de publications. Un second réseau de 11 421 comptes a produit 1,7 milliard de « likes » pour gonfler artificiellement la visibilité de certains messages.

Ces campagnes visaient notamment à promouvoir la figure de Reza Pahlavi (le fils Chah déchu d’Iran), surnommé par le journal le « roi des bots », afin de suggérer un soutien populaire massif à une restauration monarchique. Le contenu est largement généré ou manipulé par l’IA pour créer des narratifs cohérents et influencer les tendances sur les réseaux sociaux iraniens.

Cette offensive médiatique fait suite à une escalade militaire sans précédent à l’été 2025 : Israël a mené des frappes aériennes de grande ampleur contre des sites nucléaires et militaires iraniens, faisant plus de 1 000 morts majoritairement des civils. Parallèlement, des groupes de hackers pro-israéliens ont attaqué des infrastructures critiques.

Le chef de la Direction de la cybersécurité israélienne a averti en janvier 2026 que le conflit évoluait vers une réalité où les guerres pourraient bientôt « commencer et se terminer uniquement dans le domaine numérique », grâce aux agents pilotés par l’IA.

Des vidéos générées par IA, incluant des deepfakes, ont été diffusées pour montrer de faux succès militaires, comme des frappes sur des prisons ou des dégâts exagérés sur des sites iraniens, dans le but de discréditer l’ordre islamique et de démoraliser la population.

Dans ce contexte, Israël a utilisé des campagnes publicitaires (notamment via Google) visant des segments spécifiques pour les inciter à collaborer avec le Mossad, en utilisant des promesses de récompenses.

Des comptes israéliens ont été repérés partageant d’anciennes vidéos de manifestations en Iran en les faisant passer pour des événements récents, afin de simuler un soutien populaire à une intervention israélienne.

Ces actions s’inscrivent dans une « guerre de l’ombre » plus large, où la cyberguerre et la manipulation numérique accompagnent les frappes réelles, avec une tendance croissante à l’utilisation de l’IA pour générer des contenus de propagande rapidement et à grande échelle.

Rôle des Algorithmes et de l’Intelligence artificielle dans la stratégie d’influence israélo-occidentale

Quelques mois avant les révélations du journal Le Figaro, le quotidien israélien Haaretz et le magazine The Marker ont dévoilé l’existence d’un réseau organisé, basé en Israël et bénéficiant d’un financement indirect du régime de Tel-Aviv. Ce réseau aurait intensément œuvré ces derniers mois pour réhabiliter l’image de Reza Pahlavi et orchestrer, sur les réseaux sociaux, une campagne en faveur du « retour de la monarchie » en Iran.

Bien que ces révélations aient fait grand bruit, elles s’inscrivent dans une stratégie plus large, prévisible à la lumière des doctrines défendues par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Ce qui est décrit dans les analyses techniques internationales comme une « opération d’infiltration » ou une « campagne de désinformation » n’est, en réalité, que la mise en pratique de la doctrine d’invasion médiatique théorisée par le Premier ministre israélien lui-même.

Lors d’une réunion stratégique avec des influenceurs du web, Netanyahu a explicitement souligné la mutation profonde des conflits modernes. Pour lui, les réseaux sociaux ne sont plus de simples outils d’échange, mais sont devenus « les tranchées de première ligne des guerres contemporaines ». « Le cyberespace est le lieu où nous devons affronter nos ennemis avec nos propres armes », a déclaré Netanyahu lors de cette rencontre.

Bien qu’il ait reconnu un certain retard initial dans cette guerre de l’information, il a affirmé avec assurance avoir repris l’avantage. Israël développerait désormais des outils de pointe — ce que le Premier ministre qualifie d’« armes » — tels que des réseaux coordonnés de faux comptes, la manipulation d’algorithmes et la création de contenus par intelligence artificielle. Ce dispositif est aujourd’hui au service d’un projet visant à influencer l’opinion et à remodeler le paysage politique régional.

La désinformation entourant l’Iran dans le contexte des médias occidentaux et des algorithmes des réseaux sociaux est une question complexe, marquée par une « guerre de l’information » intense. Elle implique une manipulation du récit des deux côtés, exacerbée par l’usage croissant de l’intelligence artificielle (IA).

Lorsque le Premier ministre du régime d’occupation déclare officiellement qu’il développe les moyens de bataille sur les réseaux sociaux, il n’est pas surprenant que leurs empreintes se voient dans des projets qui visent à imposer un récit fictif à la communauté internationale.

En fait, ce que Le Figaro a décrit sous le titre « Diplomatie algorithmique » est exactement ce que Netanyahu appelle la lutte contre les armes numériques. Il croit que gérer l’opinion publique à travers ces plateformes est possible et peut éclipser les réalités du terrain sur des écrans virtuels.

En résumé, il s’agit d’un environnement informationnel hybride où les algorithmes amplifient des contenus de haute technologie (IA) utilisés pour le storytelling « communication narrative » de guerre de la part des puissances occidentales.

Les dimensions de la guerre cognitive de l’Occident contre l’Iran

La guerre cognitive est reconnue comme la « cinquième dimension de la guerre ». Son but n’est pas de détruire les infrastructures physiques, mais de conquérir les esprits et de modifier la perception de la société cible. Dans ce type de combat, l’objectif ultime est de « briser la volonté » d’une nation et de remplacer les croyances locales par des récits étrangers afin de provoquer un effondrement social interne.

L’Occident, mené par les États-Unis, utilise les infrastructures des plateformes (telles qu’Instagram, X et Meta) pour mener un projet multidimensionnel contre l’Iran.

En donnant la priorité aux nouvelles négatives et en accentuant les contradictions sociales, les algorithmes tentent de détruire la confiance publique envers les institutions nationales.

L’utilisation de la diplomatie algorithmique vise à créer un consensus mondial contre l’Iran, via des hashtags tendance et l’usage de bots intelligents pour orienter l’opinion publique mondiale.

Les algorithmes créent des « chambres d’écho » qui radicalisent les positions des différents groupes et affaiblissent l’unité nationale.

Les sanctions économiques ne sont pas seulement financières ; elles servent à exacerber le sentiment d’isolement et de détresse économique, poussant la population à percevoir le gouvernement comme seul responsable de l’effondrement du rial.

En février 2026, l’Union européenne a officiellement désigné le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste.

Le mécanisme de « snapback » déclenché par l’E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) en septembre 2025 a réimposé les sanctions de l’ONU, dans l’objectif de durcir la pression psychologique sur l’économie iranienne.

Dans ce contexte, la guerre cognitive sert de préparation psychologique à un éventuel conflit ouvert, tout en cherchant à provoquer un effondrement interne par la pression informationnelle et économique.

La guerre des récits et l’ingénierie de l’opinion publique

La « guerre des récits » et l’ingénierie de l’opinion publique menées par l’Occident contre l’Iran constituent un volet stratégique majeur, souvent qualifié de « guerre douce » ou informationnelle, visant à déstabiliser la République islamique et à influencer la perception mondiale et interne de l’Iran. Ce conflit informationnel, qui dure depuis des décennies, s’intensifie lors de crises majeures, utilisant des médias, les réseaux sociaux et des opérations psychologiques pour façonner un récit fictif visant à diaboliser l’Iran.

Le narratif occidental dominant dépeint souvent l’Iran comme une menace pour la stabilité régionale et mondiale. Ce récit met en avant le soutien de l’Iran à l’Axe de la Résistance et son programme nucléaire comme des preuves de son caractère agressif.

Des études sur la couverture médiatique occidentale (notamment américaine) suggèrent une tendance à se concentrer sur les aspects négatifs, tels que les difficultés économiques, tout en minimisant l’impact des sanctions occidentales. Cette focalisation vise à créer une image d’un pays constamment au bord de la révolte populaire.

Cette guerre narrative vise à isoler l’Iran en influençant non seulement l’opinion publique occidentale, mais aussi celle du Moyen-Orient, en dépeignant l’Iran comme une puissance tentant de dominer la région.

La désinformation est également utilisée pour influencer les négociations en cours entre l’Iran et les États-Unis. L’objectif est d’isoler diplomatiquement l’Iran pour le contraindre à un gel, voire à une neutralisation totale, de son programme d’enrichissement d’uranium.

La guerre d’aujourd’hui est une guerre de données et de récits. La diplomatie algorithmique occidentale n’est pas un simple outil technique, mais une arme stratégique visant à modifier la géométrie du pouvoir dans la région.

Les exercices militaires récents, tels que Orion 2026, testent désormais explicitement des capacités de déploiement d’IA au profit du commandement pour évaluer et influencer les stratégies adverses en temps réel. Cette évolution fait de l’esprit humain le nouveau champ de bataille, où la souveraineté numérique devient indissociable de la sécurité nationale.

Définie par l’OTAN comme l’utilisation d’activités synchronisées pour influencer les attitudes et comportements en agissant sur la cognition individuelle et collective, la guerre cognitive fait du cerveau humain le « champ de bataille du futur ». Contre l’Iran, cette stratégie vise à briser la volonté de résistance de la nation.

En cherchant à contrôler la perception de la réalité, les acteurs occidentaux tentent de paralyser la prise de décision à Téhéran, oscillant entre des tentatives de « pression maximale » et des tentatives de déstabilisation intérieure.

En résumé, l’Occident cherche à utiliser la guerre cognitive pour atteindre une « supériorité cognitive », forçant Téhéran à céder sur des dossiers stratégiques en jouant sur la peur, le doute et la pression de sa propre population, plutôt que par une confrontation militaire directe.

Le Leader de la Révolution islamique, l’Ayatollah Seyyed Ali Khamenei, a lui-même reconnu cette nouvelle donne en appelant à défendre le pays non seulement sur le terrain physique, mais surtout dans l’esprit de la population, qualifiant le conflit de « guerre pour le contrôle du récit ».

Ghorban-Ali Khodabandeh est journaliste et analyste politique iranien basé à Téhéran.

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SOURCE: FRENCH PRESS TV