Une mission d’enquête de l’ONU affirme que les atrocités commises par les Forces de soutien rapide (FSR) lors de leur prise de contrôle d’El Fasher en octobre 2025 portent les « marques d’un génocide » contre les communautés Zaghawa et Fur.
Selon un rapport publié ce jeudi 19 février par la mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan, les preuves confirment qu’au moins trois actes fondamentaux de génocide y ont été commis. Le rapport souligne que les membres des FSR ont perpétré des massacres à motivation ethnique, des violences sexuelles généralisées et des disparitions forcées dans la région du Darfour, au Soudan.
Le rapport précise les crimes comme suit : « Tuer des membres d’un groupe ethnique protégé ; causer des atteintes graves à l’intégrité physique et psychologique ; et imposer délibérément des conditions d’existence destinées à entraîner la destruction physique totale ou partielle du groupe ».
« L’ampleur, la coordination et le soutien public apporté à l’opération par les hauts responsables des FSR démontrent que les crimes commis à El Fasher et dans ses environs ne sont pas de [simples] exactions de guerre isolées », a déclaré le président de la mission, Mohamed Chande Othman, qui a précisé : « Ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’une opération planifiée et organisée qui présente les caractéristiques d’un génocide. »
L’enquête met l’accent sur les incidents survenus à El Fasher et dans ses environs, capitale du Darfour-Nord, lors de la prise de contrôle de la ville par les FSR fin octobre 2025. Celle-ci faisait suite à ce que la mission qualifie de blocus de 18 mois, qui a progressivement isolé les civils, les privant de nourriture, d’eau, d’aide médicale et de soutien humanitaire.
Le rapport indique que le siège « a systématiquement affaibli la population ciblée par la famine, les privations, les traumatismes et le confinement », empêchant ainsi nombre de personnes de fuir lors de l’assaut.
Le conflit soudanais a éclaté le 15 avril 2023, avec des affrontements entre les Forces armées soudanaises (FAS) et leurs anciens alliés, les FSR. Le conflit s’est désormais étendu à de vastes régions du pays, et les civils subissent en permanence les répercussions de la guerre urbaine, du déplacement des lignes de front et de l’effondrement des services essentiels.
La mission d’enquête a déclaré que les événements tragiques survenus à El Fasher constituaient une escalade des violences déjà commises contre d’autres communautés non arabes ailleurs au Soudan, « mais à une échelle bien plus meurtrière ».
Selon la mission, l’intention génocidaire était « la seule conclusion raisonnable » au vu des « méthodes systématiques employées par les FSR, caractérisées par des assassinats ciblés ethniquement, des violences sexuelles, des destructions et des déclarations publiques appelant explicitement à l’élimination des communautés non arabes ».
Des survivants ont rapporté que des membres des FSR avaient déclaré : « Y a-t-il des Zaghawa parmi vous ? Si nous en trouvons, nous les tuerons tous » ; et « Nous voulons éliminer toute trace de noir au Darfour. »
Mona Rishmawi, membre de la mission, a également réaffirmé les conclusions de l’enquête. « L’ensemble des preuves que nous avons recueillies – notamment le siège prolongé, la famine et le refus d’aide humanitaire, suivis de massacres, de viols, de tortures et de disparitions forcées, d’humiliations systématiques et des propres déclarations des auteurs de ces crimes – ne laisse place qu’à une seule conclusion raisonnable », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Les FSR ont agi avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, les communautés Zaghawa et Fur d’El Fasher. Ce sont là les caractéristiques d’un génocide ».
La mission a également relevé des avertissements répétés et des « indicateurs de risque d’atrocités clairement identifiés » ayant précédé la prise de contrôle, notamment des appels internationaux lancés dès la mi-2024 pour la levée du siège et la protection des civils. « Malgré ces avertissements, aucune mesure efficace n’a été prise par aucune des parties pour protéger la population civile », indique le rapport.
Face à l’extension du conflit à d’autres régions, dont le Kordofan, la mission a averti qu’une protection urgente des civils est plus que jamais nécessaire ; celle-ci estime que « le risque de nouveaux actes génocidaires demeure grave et persistant » en l’absence de mesures de prévention et de responsabilisation efficaces.
« Les auteurs de tels actes, à tous les niveaux de responsabilité, doivent être tenus responsables », a déclaré le président de la mission. « Lorsqu’il existe des preuves de génocide, la communauté internationale a une obligation renforcée de prévenir, de protéger et de veiller à ce que justice soit rendue », a-t-il conclu.