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Quelle est la position du Hamas et d’Israël sur le plan de trêve proposé par les USA et approuvé par l’ONU?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Par Maryam Qarehgozlou

Mardi soir, une délégation conjointe des mouvements de résistance palestiniens, dont le Hamas et le Jihad islamique, a présenté aux autorités qatariennes sa réponse à l’accord de cessez-le-feu proposé par les États-Unis.

Selon les médias palestiniens, la réponse donne la priorité aux intérêts du peuple palestinien et à la nécessité de mettre un terme complet à l’agression en cours contre la bande de Gaza.

Les mouvements de résistance palestinienne ont réaffirmé leur engagement et leur volonté d’agir de manière positive pour parvenir à un accord qui mettrait fin à la guerre de huit mois dans le territoire palestinien assiégé.

Immédiatement après la réponse, l’Égypte et le Qatar l’ont confirmée et ont publié un communiqué conjoint sur le compte Facebook du ministère égyptien des Affaires étrangères.

« Les deux parties confirment que leurs efforts de médiation conjoints avec les États-Unis se poursuivront jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé, car les médiateurs étudieront la réponse [de la Résistance palestinienne] et se coordonneront avec les parties impliquées concernant les prochaines étapes », selon le communiqué.

Dans ce droit fil, Izzat al-Rishq, membre du bureau politique du Hamas, a déclaré que la réponse soumise par les groupes de résistance était « responsable, sérieuse et positive ».

« La réponse est conforme aux exigences de notre peuple et de notre résistance, et ouvre une large voie pour parvenir à un accord. L’incitation des médias israéliens à la réponse du Hamas indique une tentative de se soustraire aux obligations de l’accord », a-t-il indiqué.

Par ailleurs, Hussam Badran, chef du bureau des relations nationales du Hamas, a fait part des exigences palestiniennes, notamment « un cessez-le-feu et le retrait des militaires du régime d’occupation d’Israël de Gaza ».

« Nous ne sommes pas revenus au point zéro dans les négociations. Ce qui est nouveau, c’est la décision du Conseil de sécurité et le discours de Biden sur la nécessité de mettre fin à la guerre », a-t-il affirmé.

« Aucune mesure positive n’a été prise par les occupants concernant la récente résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. La balle est dans le camp de Netanyahu. Il faut faire la pression sur le régime d’occupation », a-t-il ajouté.

Pour sa part, Rasmi Abou Issa, responsable des relations arabes du Jihad islamique, a déclaré que Benjamin Netanyahu a tenté de communiquer séparément avec le Jihad islamique, mais que sa demande a été rejetée.

« La Résistance insiste sur l’arrêt de l’agression et le retrait de l’armée du régime d’occupation de Gaza », a-t-il affirmé.

Cessez-le-feu et retrait des militaires du régime d’occupation israélien

Lors d’une interview accordée à la chaîne d’information libanaise Al-Mayadeen, mardi 11 juin 2024, Oussama Hamdan, haut responsable du Hamas, a divulgué plus de détails sur la réponse de la Résistance palestinienne au régime israélien et aux États-Unis par l’intermédiaire de médiateurs.

Hamdan a déclaré que l’administration américaine cherchait à donner une chance au régime israélien et qu’elle s’alignait sur l’entité, ajoutant que le désaccord entre Washington et Tel-Aviv n’était que tactique.

Tout en indiquant que la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la trêve était truffée de lacunes, Oussama Hamdan a déclaré : « Le Hamas a salué la résolution de l’ONU, car elle inclut un cessez-le-feu, des secours aux Palestiniens et des négociations ».

« Le discours du régime israélien sur le lendemain [de la guerre] est une illusion créée par les Israéliens, et pour nous, le lendemain [de la guerre] appartient clairement aux Palestiniens », a-t-il affirmé, ajoutant : « Nous ne pouvons pas faire confiance à Israël. Il ne cède pas, sauf quand il sent qu’il n’a aucun moyen de remporter la victoire ».

Il a déclaré que les dirigeants du Hamas ne cédaient à aucune pression et qu’ils resteraient positifs quant à l’avenir grâce à la Résistance.

Les signaux du côté israélien suggèrent que l’entité n’est pas encore prête à mettre un terme à l’agression qui a jusqu’à présent coûté la vie à plus de 37 200 personnes, principalement des enfants et des femmes, depuis 7 octobre 2023.

La dernière initiative visant à mettre fin à la guerre israélienne a reçu le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU avec une écrasante majorité de voix, seule la Russie s’abstenant.

La proposition soutenue par les États-Unis est intervenue après que le plus grand fournisseur d’armes d’Israël a opposé son veto à plusieurs reprises aux résolutions de l’ONU visant à mettre fin à la guerre sanglante d’Israël contre les Palestiniens, déclenchée depuis 7 octobre 2023.

La mise en œuvre de l’accord de paix en trois étapes permettrait la libération de tous les captifs restants à Gaza détenus par le Hamas ainsi que des prisonniers palestiniens, un cessez-le-feu permanent et le retrait des militaires israéliens de Gaza.

Cet accord comprend une clause stipulant qu’un cessez-le-feu initial de six semaines serait prolongé tant que les pourparlers se poursuivraient au cours de la deuxième phase.

Comment les Palestiniens et les Israéliens ont-ils réagi à la résolution ?

Dans un communiqué publié ce lundi 10 juin, le Hamas a salué la résolution, mettant l’accent sur la nécessité d’un cessez-le-feu permanent à Gaza, du retrait complet des militaires israéliens de Gaza, des échanges de prisonniers, du retour des habitants dans leurs foyers et du rejet de tout changement démographique ou réduction de la superficie de la bande de Gaza.

Le mouvement de résistance palestinien a affirmé sa volonté de coopérer avec les frères médiateurs pour entamer des négociations indirectes concernant la mise en œuvre de ces principes conformes aux exigences de la nation et de la Résistance palestiniennes, a déclaré le Hamas dans un communiqué.

Ailleurs dans ses remarques, Hamdan a réitéré que le mouvement de résistance a fait preuve de sa « responsabilité » et de sa « positivité » à l’égard de tous les accords de cessez-le-feu proposés.

L’envoyé palestinien auprès des Nations unies, Riyad Mansour, a déclaré que l’Autorité palestinienne, qui contrôle la Cisjordanie occupée, a salué la résolution, en la considérant comme un « pas dans la bonne direction ». Dans la foulée, l’envoyé palestinien a affirmé qu’il revenait au régime israélien de mettre en œuvre ces mesures.

Peu de temps après l’adoption de la résolution de l’ONU, Israël s’est engagé à poursuivre sa guerre brutale contre Gaza. Il a mené des attaques meurtrières à travers le territoire palestinien assiégé.

Reut Shapir Ben-Naftaly, représentante d’Israël auprès de l’ONU, a lancé ce lundi que la guerre prendrait fin quand tous les captifs seraient libérés et les capacités du Hamas seraient « démantelées ».

Le site Web israélien Ynet News a déclaré que le libellé de la résolution ne reflétait pas l’accord conclu par Israël, qui prévoyait que le « Hamas ne gouverne plus Gaza ».

Citant un responsable israélien sous couvert de l’anonymat, Ynet News a prétendu que la résolution a restreint la liberté d’action d’Israël.

Lors de sa visite dans les territoires occupés, lundi 10 juin, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré que le Premier ministre Netanyahu avait déjà soutenu l’accord ; cependant, il ne l’a pas dit publiquement.

Les membres du cabinet de Netanyahu ont jusqu’à présent rejeté tout plan de paix et menacent de faire tomber la coalition si le récent accord est adopté.

La politique israélienne de procrastination

Lundi 10 juin 2024, la chaîne 12 de la télévision israélienne a révélé de nombreux détails sur ce qu’elle a considéré comme la proposition de cessez-le-feu d’Israël du 27 mai, sans citer de sources ni expliquer comment elle l’a obtenue.

Le rapport de la chaîne 12 a montré que le document de quatre pages ne prévoyait pas « l’élimination » du Hamas et incluait en fait l’engagement d’Israël à mettre fin à la guerre avant même que tous les prisonniers ne soient libérés.

Mais peu après la diffusion du rapport, le bureau de Netanyahu l’a qualifié de « trompeur » et d’« incomplet », prétendant que l’allégation selon laquelle Israël avait accepté de mettre fin à la guerre avant d’avoir atteint ses objectifs était « un mensonge total ».

Le bureau de Netanyahu a réitéré que le document complet montrerait qu’« Israël ne mettra pas fin à la guerre tant que toutes ses conditions ne seront pas remplies, c’est-à-dire combattre jusqu’à l’élimination du Hamas, rendre tous nos captifs et faire en sorte que Gaza ne représente plus jamais une menace pour Israël ».

Cependant, le Premier ministre israélien a refusé de divulguer l’intégralité de la proposition israélienne, même à son cabinet, suscitant les critiques des membres de sa coalition qui l’accusent de dissimuler délibérément des informations.

En outre, le média israélien a rapporté que la proposition révélée par la chaîne 12 israélienne était le même accord en trois phases présentées par Joe Biden 31 mai 2024.

À l’époque, la proposition de Biden a été jugée « positive » par le Hamas. Cependant, Israël l’a qualifiée de « non viable », tandis que Biden, selon la chaîne 12, a insisté sur le fait qu’Israël avait accepté de mettre fin à la guerre.

Netanyahu avait confirmé qu’il avait « autorisé l’équipe de négociation à présenter une proposition », tout en lançant que « la guerre poursuivra jusqu’à ce que tous ses objectifs soient atteints ».

Des divisions croissantes au sein du régime israélien

Le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, a exhorté le Premier ministre Netanyahu à tenir compte de l’appel de Biden à une trêve à Gaza. Il a proposé de soutenir Netanyahu en garantissant sa majorité à la Knesset au cas où les ministres d’extrême droite quitteraient son cabinet.

Benny Gantz, ancien membre du cabinet de guerre israélien, a publié un communiqué saluant le discours de Biden et a appelé Netanyahu à faire avancer un accord.

Gantz a démissionné dimanche et a rejoint l’opposition, faisant part de l’échec du cabinet de guerre dans son ensemble à s’entendre sur un plan pour Gaza au-delà du conflit actuel qui dure depuis huit mois.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a également approuvé le plan, comme de nombreux alliés d’Israël, dont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.

Les familles des captifs détenus par le Hamas ont appelé le régime israélien à accepter immédiatement la proposition de Biden, affirmant que cela pourrait être leur « dernière chance ».

Cependant, comme on pouvait s’y attendre, deux ministres israéliens, Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, se sont opposés à la conclusion d’un accord avant que le Hamas ne soit « éliminé » et ont menacé de quitter et de dissoudre la coalition si Netanyahu acceptait la proposition de cessez-le-feu à Gaza proposée par Biden.

Prévoyant l’approfondissement du fossé interne au sein de la coalition de Netanyahu, le président Biden a reconnu dans son discours de fin mai que les divisions au sein d’Israël pourraient empêcher la conclusion d’un accord.

« Je sais qu’il y a ceux en Israël qui ne seront pas d’accord avec ce plan et appelleront à la poursuite de la guerre indéfiniment. Certains font même partie de la coalition [de Netanyahu] », a-t-il déclaré, sans nommer personne.

Que dit la proposition ?

La première phase de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, et ce que Biden a proposé fin mai, durerait six semaines et impliquerait un « cessez-le-feu immédiat, total et complet », un retrait des militaires israéliens de toutes les zones « densément peuplées » de Gaza, et l’échange de captifs israéliens à Gaza, notamment des femmes, des personnes âgées et des blessés, contre des centaines de Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.

L’aide humanitaire augmenterait considérablement au cours de la première phase. Davantage de camions transportant de l’aide étant autorisés à entrer quotidiennement dans la bande de Gaza, où un siège total et le blocage par Israël des convois humanitaires ont conduit à la famine et à une catastrophe humanitaire.

La deuxième phase prévoira la libération de tous les prisonniers restants et le retrait « total » des militaires israéliens de Gaza. La troisième phase se concentre sur la reconstruction de l’enclave palestinienne.

De nombreux commentateurs ont souligné que l’accord n’était pas différent de celui conclu 6 mai 2024 par le Hamas, qui a été rejeté par Israël.

« Pour être clair, le président [américain] vient de reconditionner une proposition du Hamas comme une proposition israélienne approuvée par les États-Unis, estimant que cela rendrait la capitulation de l’entité au Hamas plus acceptable pour les Israéliens », a déclaré fin mai à Fox News Digital, Richard Goldberg, membre du Conseil de sécurité nationale de l’ancien président américain Donald Trump et conseiller principal du FDD.

Un communiqué du Hamas a déclaré plus tôt que, bien que le mouvement de résistance palestinien ait fait preuve de « flexibilité et de positivité dans la gestion des efforts des médiateurs tout au long de tous les cycles précédents de négociations indirectes », Israël a instrumentalisé les mois de pourparlers en cours comme couverture pour poursuivre sa guerre contre Gaza.

« Le Hamas et les factions palestiniennes n’accepteront pas de faire partie de cette politique de négociations continues face à l’agression, aux meurtres, au siège, à la famine et au génocide de notre peuple », toujours selon le communiqué du Hamas.

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV.)

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SOURCE: FRENCH PRESS TV