L’Irib propose un entretien avec M.Pierre Dortiguier, spécialiste des questions internationales à l’occasion de l’anniversaire de la mort de l’Imam Khomeyni, fondateur de la République islamique d’Iran.
Journaliste : Le 4 juin 2011, c’est le vingt-deuxième anniversaire du rappel à Dieu de l’Imam Khomeyni, fondateur de la République islamique d’Iran, (que sa demeure soit au Paradis). La pensée de l’Imam Khomeyni reste toujours vivante, son chemin se poursuit toujours, et son message, aussi, reste, encore, dynamique. Quel est, en fait, le secret de l’éternité de l’imam Khomeyni, de sa pensée, de son chemin et de sa personnalité ?
Pierre Dortiguier : C’est, justement, la hauteur de sa pensée qui fait qu’elle n’est pas passée, qu’elle n’a pas disparu avec les événements sur lesquels il a eu prise et qui l’ont, pour ainsi dire, porté sur le devant de la scène de l’histoire, comme cela arrive pour de très grands hommes, tant dans le domaine philosophique, que dans le domaine politique, dans l’activité religieuse, aussi. Il s’est agi dans la personnalité –puisque c’est le terme qui convient ici- de l’Imam du rassemblement de ces trois qualités que nous venons d’énoncer : un élément religieux, politique et, aussi, un troisième élément, qui est un élément moral, qui est l’attachement à l’avenir de son peuple et à l’avenir d’une humanité souffrante
Il y avait dans l’Imam Khomeyni une compassion qui s’est manifestée, en particulier, par son attachement à la solution de la question palestinienne, qu’il a toujours notée; dès la seconde guerre mondiale, dès 1941-43, il avait porté à l’attention de tous les peuples musulmans le danger que constituait le futur rayonnement du foyer sioniste, ce que les événements d’après-guerre ont justifié. Mais…
Journaliste: C’est toujours ce message qui continue d’être une source d’inspiration à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran ?
Pierre Dortiguier : Oui, car la source d’inspiration tient, justement, dans cette unité de la pensée de l’Imam Khomeyni, c’est-à-dire qu’il a une action, à la fois, logique et sensible. Le mouvement qu’il a impulsé le porte ; c’est ce mouvement de rassemblement des énergies religieuses et politiques, à l’intérieur, d’abord, du monde musulman, mais aussi, de façon générale, et c’est cela qui est sa force et sa caractéristique : il a lié le renouveau du monde musulman à un souci général de justice, dans le monde
Il a bien vu que ce dont souffrait le monde musulman, ce n’était pas, comme on le croyait, jusqu’à présent, des caractéristiques propres, d’une certaine désaffection envers la technique, le progrès, d’une mauvaise assimilation ou d’une mécompréhension des valeurs occidentales, mais qu’il Il souffrait de l’état du monde, et que les peuples occidentaux étaient, eux-mêmes, les victimes de ce propre état
Il avait connu, -il faut bien le dire à nos auditeurs- , l’ensemble du siècle; il était né, en 1900, et il avait assisté à de grands événements,, il avait acquis une maturité, au moment de l’adolescence, il avait connu le début de l’effondrement de l’Empire ottoman auquel il était très attaché, en tant que communauté musulmane, facteur d’unité et protection des valeurs essentielles à cette religion
Et en même temps, il voyait le caractère du désordre mondial qui s’installait, pas à pas.
Il voyait dans la Lutte, par exemple, contre Reza Shâh, la lutte contre le laïcisme, qui commençait à monter, en Iran,; il a vu qu’il s’agissait là, non pas d’aspects tyranniques de quelques personnalités locales, – mais qu’il s’agissait – comme un navigateur voit l’état du ciel varier- , il voyait que c’était là un orage mondial, et c‘est dans cet orage mondial qu’il est intervenu.
Lors de la révolution du 11 février 1979, son intervention a été décisive, pour pouvoir faire dévier la révolution des récifs, si je puis dire, des rochers contre lesquels, justement, une coalition mondiale voulait la précipiter : on voulait que le désordre, après la tyrannie, fasse, en Iran, le lit à une sorte de troubles permanents qui diminue, pour toujours, la puissance de l’Iran
Et Là, il a fait appel au peuple, il a fait appel à son unité, il a fait appel à tous les âges.
Et c’est cela, justement, qui a permis à l’Iran de passer l’épreuve sanglante de cette guerre de résistance qui était imposée au pays, par l’Irak et par la coalition autour de l’Irak !
L’Imam a a toujours eu une vision du monde, d’un monde actif, d’un monde, qui, sans la justice, ne pourrait pas satisfaire au désir de liberté de son propre pays et en revanche, il a vu, dans son propre pays, justement, dans l’établissement de l’Ordre islamique, un foyer de justice, un appel constant auquel se référerait –comme on le voit aujourd’hui – l’ensemble des peuples, et non pas, simplement, telle ou telle catégorie de population , telle ou telle catégorie religieuse
Il a, donc, un aspect universel, et c’est pour cela qu’il se rapproche de Dieu, parce qu’il a ce sens profond et-comme nous disons- élevé de l’unité.