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Pourquoi la France est-elle paralysée

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Des manifestations contre la Loi Travail se poursuivent depuis près de deux mois en France. ©Le Monde

Paris brûle sur un air de pipeau de Hollande. Prenez ça comme un résumé des manifestations dans la nation contre une proposition de “réforme” du travail, tandis que le président fait le beau au G-7 du Japon comme s’il était un des maîtres de l’univers.
La France est à demie-paralysée, des dockers du Havre (un transit clé du commerce) aux ouvriers des raffineries de pétrole, des dépôts de carburants, des centrales nucléaires (qui fournissent 75% de l’électricité du pays), aux employés des aéroports et de la RATP et chemins de fer de Paris et région parisienne. Ceci s’est traduit par une véritable panique dans une myriade de stations essence, que la plupart du système de transport français en grève a amené à l’immobilité totale.

Tout cela parce le gouvernement soi-disant “socialiste” de Hollande qui est cataclysmiquement impopulaire, a introduit un projet de loi qui modifie drastiquement le code du travail français et adopte essentiellement le mode anglo-saxon néolibéral du “j’embauche, je vire” au sein d’une nation profondément régulée, régimentée où les droits des travailleurs et leurs protections sont pris extrêmement sérieusement. Hollande et son incroyablement médiocre premier ministre Manuel Valls, défendent cette réforme comme le meilleur moyen de lutter contre le chômage chronique.

Virez la loi pour débloquer la nation

Mai 2016 en France n’est certainement pas un remake de Mai 1968. Il met en scène un vortex de facteurs aggravant, comme la psychose du “terra, terra, terra” (Paris est en état de siège semi-déguisé); la continuité du mouvement social Nuit Debout sur la place de la République à Paris, la version française d’Occupy Wall Street; la police sur les nerfs qui se plaint de ne pas être suffisamment aimée de la population.

Mai 2016 est essentiellement la configuration de la bataille entre le gouvernement socialiste et les syndicats. Et ça ne va pas aller en s’améliorant. La police a annoncé quelques 153 000 manifestants jeudi dernier, gros jour de mobilisation qui a touché les services publics et les transports; les syndicats eux affirment qu’il y avait plus de 300 000 manifestants. Le pouvoir exécutif commence à utiliser la force pour débloquer les raffineries clés. Les longues files d’attente dans les stations essence commencent à devenir la norme.

Le duo Hollande-Valls s’est durci; la loi de réforme du travail doit-être approuvée ou alors c’est la fin de leur gouvernement (NdT: d’où bien évidemment le passage en force à coup de 49.3). La ligne rouge de Valls est que si la loi tombe, lui aussi. Pourtant, il est déjà forcé de (légèrement) rétropédaler. Il permet maintenant des “modifications” et des “améliorations” à la loi.

Donc, ceci se résume essentiellement à une bataille des gauches françaises: une classe ouvrière radicale contre une autre gauche sociale-démocrate au pouvoir, en fait totalement néolibérale. C’est aussi un dialogue de sourds. Le premier ministre n’est pas exactement un fier à bras du dialogue social; pour lui ces deux gauches sont irréconciliables. On ne doit pas être un lecteur de Barthes ou de Deleuze pour piger que la France court le risque d’atteindre le degré zéro de la social-démocratie.

Après le 8ème jour de manifestations, le secrétaire général du puissant syndicat de la CGT, Philippe Martinez, demande maintenant à être reçu directement par le président Hollande seulement, jetant ainsi Valls à la poubelle. Depuis le Japon, Hollande a émis un laconique: “On me tient au courant”.

On pourrait parfaitement dire que le duo Hollande-Valls est si déconnecté de la rue qu’ils n’ont eu aucune idée que cette loi allait recevoir tant d’hostilité. Ils auraient dû ratisser plus large et auraient dû investir dans bien plus de dialogue, sans mentionner ces joyeusetés sémantiques réservées aux syndicats.

Alors, que pensent les Français de ce merdier ? Essentiellement, les ¾ de la population sont contre la loi. Et vous ne pouvez pas “moderniser” la France sans les Français. Pourtant ceci étant la France, les nuances subtiles sont importantes. D’après un des derniers sondages, 69% sont en faveur que la loi soit virée afin d’éviter la paralysie de la nation. Un autre sondage montre que 62% considèrent les grèves “justifiées” malgré les parties du pays qui sont paralysées. Ainsi une pollinisation croisée de ces deux sondages nous dit que les mouvement sociaux sont bien légitimes même si la plupart des gens ne veulent pas que la nation soit paralysée.

Sur une note plus légère, les discussions de bistrot tournent autour maintenant du fait que le Parti Socialiste (PS) n’essaie même pas de monter une campagne pour les élections présidentielles à venir, ce qui se passe est la preuve organique que la classe laborieuse ne peut plus le saquer. C’est un fait avéré que l’état d’urgence proclamé actuellement, une version française du Patriot Act yankee, augmenté de la dérive néolibérale ont fait que le Parti Socialiste perd les votes des artistes et des intellectuels tout aussi bien que ceux des “Bobos” (bourgeois bohême) qui étaient le cœur de leur base électorale. Tout cela tandis que les PDG d’entreprises si courtisés par ce même PS, continueront de voter et de faire voter à droite.

Le temps est venu de devenir un “indignado” avec une cause

Bon et après ? L’argent d’un pari sûr est sur une sorte de compromis; le texte de la loi va être amendé par le sénat le mois prochain avant de faire son retour à l’assemblée nationale. Ceci veut dire que le texte sera “retouché” comme l’admet maintenant le gouvernement et ceci voudra dire victoire pour les mouvements sociaux, mais quoi qu’il arrive, la guerre des gauches françaises n’en sera pas terminée pour autant. Le résultat final pourrait même bien venir sous la forme d’un suicide collectif au grand bénéfice de la droite.

Dans le même temps, la croissance en France demeure bien faible, au mieux. L’Euro de Foot commence dans seulement deux semaines, le 10 Juin. La France peut s’attendre à recevoir quelques 1,5 millions de touristes pour l’occasion et générer un bénéfice de l’ordre de 1,3 milliard d’euros. La zone pour les supporteurs qui est en cours de construction devant la Tour Eiffel attirera quelques 100 000 visiteurs par jour.

S’il n’y a pas de solution dans les jours à venir, le duo Hollande-Valls devra faire marche arrière. Le système de sécurité français ne pourra pas faire face, simultanément, sous une alerte au terrorisme maximum et la gestion d’une myriade de manifestations (une énorme manif’ étant prévue le 14 Juin), Bien des choses dépendent en fait du succès que remportera l’Euro, de foot pas la monnaie. Le football dans ce cas précis, est loin d’être politiquement neutre, si le spectacle est un gros succès, c’est Hollande qui en tirera les bénéfices.

Les socialistes de France pourraient faire bien pire que de regarder à l’Espagne voisine. En Espagne sous Franco, communistes et socialistes étaient l’avant-garde de la résistance démocratique, incorporant dans leur lutte ceux qui avaient créé les commissions ouvrières et quelques uns des meilleurs intellectuels de l’époque.

Mais est venue la récente dérive néolibérale des partis socialistes européens (NdT : noyautés par le mouvement trotkiste nouveau con yankee, dont par exemple sont issus des traîtres comme Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis, l’actuel SG du PS, tous deux en provenance directe du mouvement “lambertiste” trotsko-nouveau con pro yankee…), qui les a amenés à perdre leur hégémonie historique. Ils ne se sont pas adaptés pour maintenir leur base sociale et l’état providence et dans le même temps satisfaire les dures demandes du système financier casino, ni la politique économique d’austérité fiscale prôné par la Commission Européenne en accord avec la demande de l’Allemagne et la financiarisation de la bulle d’influence britannique (NdT: City de Londres…)

Durant la période de Franco et de la guerre froide, il était courant d’utiliser les mots “socialiste” ou “communiste” comme moyen de disqualifier tout argument politique. Il régnait alors une politique de la peur. La France pour sa part, était bien plus politiquement sophistiquée (et pas sous un régime fasciste…)

Ce qu’il reste aux “gauches” européennes est de faire plus attention à la voie émergente ouverte par les mouvements sociaux, motivés à reconstruire l’état providence et à créer des formes valables d’emploi, tout ce qui a été nié et refusé par le fondamentalisme de la religion des marchés et l’état d’esprit du TINA (Le There Is No Alternative de l’ère Thatcher…) de l’austérité.

On trouve parmi les “indignados” espagnols des anarchistes, des communistes, des socialistes, un microcosme de l’histoire moderne en Espagne enraciné dans l’indignation contre une dictature et l’injustice sociale, le tout essayant de se réinventer tandis que le néolibéralisme pédale grave dans la semoule. Si seulement les gauches françaises voulaient faire un peu attention.

Pepe Escobar

url de l’article original: https://www.rt.com/op-edge/344608-france-reform-hollande-protests/

Traduit de l’anglais par Résistance 71

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SOURCE: FRENCH PRESS TV